vendredi 25 mars 2011

- La vie est un Ciel -



La vie est un ciel.

Un univers drapé de robes aux couleurs sombres comme douces.
Son cou est serti de diamants, d'une lune et d'un soleil.
La voûte céleste est chaussée d'air et de nuages,
Couronnée par l'infini.

La vie est un ciel.

Un monde de voyages, de vols et d'atterrissages.
Les chemins y sont invisibles et pourtant nous pouvons les sentir,
Il suffit de suivre la voie à travers toute l'immensité,
Ouvrir son être, qu'il étende ses ailes en parfaite harmonie.

La vie est un ciel.

Une promesse faite que l'on peut toujours avancer.
Une offrande à l'espoir.
Un chaud baiser fait à l'éternité.
Et dans ton regard où dansent les couleurs de la terre,

La vie est un ciel !

Comme ton coeur, 
Comme la vague de l'océan,
Comme le parfum des hautes strates,
Comme toi.

Je salue le temps qui passe, 
Assise sur la montagne,
A admirer les courbes de ton élan.

Présence vive,
Présence vraie.

La brise t'apportera, 
La fraîcheur de mes mains, 
La force de mon attachement,
Et le souffle de ma joie.


mardi 22 mars 2011

- Le Clignement de l'air -

Voici une nouvelle que j'ai écrite pour les 18 ans d'une amie nommée Delphine. C'est un jeu qui me plaît assez, inventer une nouvelle avec la personne comme personnage principal que j’insère dans une intrigue fantasy. Enjoy !





Le clignement de l'air



Le parc est devenu le spectacle d'un bal de feuilles automnales. Elles valsent entre elles, tournoyant en paraboles libres et exhaltées, papillonnant de leur couleurs mordorées, sous mes yeux bleus comme un ciel prêt à les accueillir.
Je suis assise sur le gazon, dans un petit espace végétal limité par la ville, seule, silencieuse, soucieuse. Au-dessus de moi, il fait gris et le fond de l'air reste humide.
J'ai encore cligné.
Mes cheveux aux reflets blonds se laissent caresser par le vent, mon regard est perdu dans le vide, personne ne m'a vue ni ne me voit.
J'ai encore cligné.
Et le murmure d'une brise continue de glisser à travers moi, lancinante. Je voudrais pouvoir pleurer, mais je n'y arrive plus, quoique je puisse faire, il m'est impossible de me libérer de ce serrement de gorge qui m'étreint en ce moment même, comme si toutes les larmes s'étaient cristallisées dans le passé.
Le passé.
La première fois que j'ai cligné.
La première fois que j'ai compris que je m'étais...
Non !
Non.
Je ne veux pas y penser.
Delphine, respire.
Respirer.
Inspire. Expire. Souffle. Doucement.
Je me lève lentement et observe tout autour de moi. Un chêne s'élève à ma droite, de sa force tranquille et rassurante, âme de la terre veillant sans bruit. Je me contrains à me ressaisir le plus vite possible et me dirige vers le petit portail blanc, le jardin public étant encadré d'un grillage de la même couleur. A peine un pied posé sur le pavé que ma conscience s'ouvre sur un bourg encerclé d'immeubles en pierre et aux toits de tuiles grises.
C'est ce silence qui m'étonne, comme si la vie ne se trouvait que près du chêne et non dans le monde des hommes.
Je soupire. Il faut que je me concentre.
Mes parents vont bientôt se rendre compte de mon absence et tout ce qui m'arrive ne doit pas leur être révélé. Jamais.
Je ferme les yeux.
Respirer.
Visualiser ma chambre.
" Hey, miss ! "
Une voix masculine qui me cueille et me fait sursauter. Je me retourne.
Il est grand, bien bâti, les cheveux châtains mi longs et des yeux noisettes brillant d'une flamme douce qui me mettent malgré moi en confiance. Il arrive en courant vers moi d'une rue adjaçente, mais qu'est-ce qui m'arrive ?
Le voilà déjà devant moi, me souriant avec bienveillance, reprenant lentement sa respiration.
" I'm sorry miss, but can you help me ? "
A entendre son accent, je sais désormais que je suis en Angleterre. J'ai cligné en Angleterre. Catastrophe... Je n'aurais jamais dû penser à cette photo de Londres que j'avais trouvée dans un livre touristique sur le Royaume-Uni il y a quelques semaines dans ma chambre. Pourquoi faut-il que je n'arrive même pas à maîtriser mes pensées ?
A cause d'elles, je cligne.
" Are you all right ? " s'inquiète-t-il devant mon air effarée.
" Y.. Yes, i'm fine. " que je bégaie précipitement. " What can I do for you ? " dis-je pour me donner contenance.
" Are you french ? " me demande-t-il comme si je n'avais rien dit.
" Yes I am. It's so obvious ? "
" Oui, un peu. " me sourit-il en mâchant les syllabes et en faisant ressortir les voyelles.
" Oh, vous parlez français. " dis-je pour moi-même.
Ce n'est vraiment pas ma journée, me voilà à parler avec un anglais en français parce que mon accent déforme trop sa langue maternelle...
" Oui, un peu. " répète-t-il avec malice.
" Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? "
Ma demande ne cache pas assez l'agacement qui monte en moi, mais cela ne semble pas le troubler.
" Nous avons sûrement le même âge, nous pourrions nous tutoyer. "
" Si tu veux. "
" Bien ! "
" Alors, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? "
Cette fois, je ne peux m'empêcher d'afficher clairement que je suis énervée. Pas contre lui bien sûr, mais contre ce je-ne-sais-quoi qui me pourrit la vie, qui m'a fait cligner en Angleterre, qui me fait cligner n'importe où et n'importe quand, qui me fait vivre dans l'angoisse de ne pas être normale. Je voudrais envoyer bouler ce garçon et lui dire que je veux être seule et pleurer même si je n'y arrive plus, pour hurler au monde que j'en ai marre. Que j'en ai vraiment marre !
Et que je me sens seule...
Les anglais sont véritablement des gens à part, leur flegme les sauvera de toutes les situations, jamais ils ne perdent leur sang froid. Mon inconnu garde sa mine calme et son attitude compatissante, finissant de m'intriguer et de me faire du bien en même temps.
" La seule chose qui pourrait m'aider, c'est que tu acceptes ce cadeau. "
Je suis si déboussolée par ce que je viens d'entendre que je le laisse me prendre la main pour y déposer un petit galet blanc.
" C'est un cadeau, je voudrais que tu le gardes toujours avec toi. "
Je lève les yeux vers lui sans pouvoir répondre, de plus en plus perdue. D'un sourire, il m'invite à mieux détailler le caillou. Ce que je fais.
Lisse, fraîche entre mes doigts, parfaitement ovale dans la paume de ma main.
Plus que la pierre en elle-même, c'est ce qu'elle dégage qui m'envoûte.
Paix.
Le galet aspire toutes mes angoisses, range mes pensées dans mon esprit, apaise les battements de mon coeur.
Je respire.
" Il t'aidera à être toi, où tu le souhaites. "
La voix du jeune homme s'étale en moi comme un baume, mais je ne peux détacher mes yeux du caillou.
La pierre m'entraîne tout entière. Vers moi-même.
Je veux rentrer chez moi.
Me retrouver.
Je suis bien. Vraiment bien.
Et je serre le galet contre moi.
" Je m'appelle Aaron. " murmure-t-il comme s'il savait que je ne peux pas non plus parler.
Alors que je me sens partir, c'est la première fois que je sens la chose se produire en moi, je trouve la force de le regarder bien en face.
Il ne sourit pas pourtant je sais qu'il n'a pas peur, qu'il comprend.
Qu'il me comprend.
Je ne sais pas si j'ai eu le temps de lui sourire, moi.
J'ai cligné dans l'air.

***

Mon oreiller. Mon lit. Ma chambre. Le silence.
J'ai cligné.
Là où je le voulais.
Je me redresse subitement.
Je suis rentrée à la maison.
Le réveil affiche 16:08, je n'ai manqué qu'une grosse demi heure en France.
Je respire un grand coup. Et ouvre ma main droite où je sens quelque chose d'inhabituel.
Le galet.
Il est devenu rosé, chaud. Comme s'il avait pris sur lui tout le poids du voyage.
Normalement, après chaque clignement, je suis épuisée, désorientée et terrorisée. Et là, c'est tout le contraire. Je suis en paix, lucide.
" Delphine, viens m'aider à ranger les courses ! "
Ma mère qui vient d'ouvrir la porte d'entrée, que j'entends à travers le mur de ma chambre située non loin du salon.
" J'arrive ! " que je lance en prenant à peine le temps de comprendre ce qui se passe. Je sors et pars la rejoindre dans la cuisine où une montagne de sacs m'attendent. J'agis machinalement et mes questions reviennent.
Qui est-il, cet Aaron ?
Pourquoi était-il là ? Le savait-il, que j'allais arriver à cet endroit précis ... ?
Cette idée me fait frissonner de peur.
" Tout va bien ma chérie ? " me demande ma mère en relevant mon visage livide.
" Oui, oui, j'ai eu une journée fatiguante. " lui répondis-je en essayant de faire bonne figure.
" Eh bien va te reposer alors, tu as déjà fait le plus gros. Je me charge du reste. "
Son ton conciliant me surprend au premier abord mais j'accepte rapidement.
Une fois de retour sur mon lit, je reprends le galet que j'avais laissé sur la couette.
La sensation est immédiate.
Le caillou m'apaise.
J'inspire lentement et me concentre.
" Même s'il savait que j'allais arriver ici, il savait aussi que j'allais cligner et n'en a pas semblé étonné ni effrayé. Il m'a fait ce cadeau comme si cela lui tenait vraiment à coeur. Cette histoire va me rendre folle..."
Je me roule dans ma couverture comme pour me protéger de toutes ces interrogations qui auront vite fait de me hanter. Delphine, tu es calme, tu peux faire face, tu y es parvenue jusqu'ici, alors pourquoi pas maintenant ?
J'y repense. Même si je ne le voudrais pas. C'est plus fort que moi.
La première fois.
C'était l'année dernière.
J'étais dans la cour du lycée, un peu en retrait de la foule pour discuter tranquillement avec ma meilleure amie, lorsque, je ne sais plus pourquoi, je me suis mise à penser à notre salle de cours au premier étage où nous irions à la fin de la récréation pour de la physique-chimie.
Un millième de seconde plus tard, j'avais cligné.
Me retrouvant dans la salle en question, fermée à clé par le professeur, entourée des tables équipées pour les expérimentations et de ce sentiment d'irréel me sautant à la gorge.
L'impression d'avoir eu un trou de mémoire m'avait étreinte car je n'avais aucune idée de comment je m'y étais prise, puis, une vague de folie s'est emparée de moi et ne m'a lâchée que lorsque je me suis évanouie.
Ils m'ont retrouvée une dizaine de minutes plus tard en arrivant pour les cours, allongée sur le sol, inconsciente.
Je me suis réveillée à l'hôpital, ma mère me caressant la main avec tendresse et le médecin murmurant près de moi que je n'avais rien, qu'il me fallait juste un peu de repos.
Ce furent les mois suivants qui se révélèrent être un véritable cauchemar.
Ma meilleure amie n'est plus jamais revenue au lycée.
Elle n'a plus voulu en aucune manière entrer de nouveau en contact avec moi.
Et les autres m'ont, depuis, toujours regardée de travers.
Même si tout cela évoque un véritable déchirement intérieur, je ne peux pas pleurer. J'ai déjà trop pleuré. Mais je sers les mâchoires et respire peiniblement.
Désormais, je reste concentrée sur des idées, des films, des livres, les cours, pour ne plus penser à des lieux ni à des personnes en particulier.
La deuxième fois, j'avais pensé très fortement à ma mère qui me manquait durant une journée où le regard des élèves avait été plus lourd à supporter que d'habitude, et j'avais cligné, alors que je venais tout juste de fermer la porte d'un toilette derrière moi, pour me retrouver dans les couloirs du travail de ma mère, sans avoir été vue cette fois.
J'avais prétexté une forte envie de la voir et d'éviter un peu le lycée devant son visage bluffé, et connaissant ma situation difficile du moment, elle n'avait pas posé plus de question.
Si au tout début elle avait essayé de comprendre et m'avait intérogée sans cesse sur ce fameux épisode de la salle de chimie, je ne lui avais répondu que ce que je savais : à peu près rien.
Et la dernière fois, j'avais pensé à un musée de Paris où j'aurais voulu me rendre pour y admirer quelques oeuvres d'un de mes peintres préférés. Atterissant au milieu de la foule du Louvre, personne ne s'était rendu compte de mon arrivée disons... spéciale.
C'est la première fois où j'ai oublié d'angoisser totalement et où j'ai décidé de profiter de ce qui se passait. Après quelques heures de visite gratuite et munie de la monnaie que je recevais normalement pour me payer mon repas du midi, j'étais allée me prendre un sandwich dans l'un des cafés du coin. Une fois le choix fait, je comptais mes pièces et... Il en avait manqué. Gênée à en rougir jusqu'aux oreilles, j'avais tenté un petit sourire maladroit au vendeur qui ne semblait pas conciliant du tout.
" Tenez. "
Un garçon, surgissant derrière moi, me tendait une pièce d'un euro qui me permettrait d'acheter ce que je désirais. La modique somme cordialement offerte tomba dans ma main sans que je ne puisse répliquer quoi que ce soit, et l'employé avalisa le don de l'inconnu en faisant tinter sa caisse automatique et en me faisant l'échange du sandwich contre mes pièces.
Tout ceci s'était passé à une vitesse banale mais si rapidement à mes yeux, à cause de ma surprise. Je me tournais vers mon bienfaiteur qui, dans mon souvenir, me fit un grand sourire.
Rougissant cette fois entre plaisir et de la gêne encore, je le remerciais en bredouillant, et il me répondit que le plaisir était pour lui.
L'épisode de Paris avait été ma première victoire, car, peu après, j'avais réussi à cligner près du jardin de la maison, suite à une concentration d'une dizaine de minutes à ne visualiser que cet endroit. Et j'avais fait comme si je rentrais des cours.
Mais attendez une seconde...
Lorsque le jeune homme m'avait dit que le plaisir était pour lui, il l'avait dit d'une manière particulière !
En mâchant les syllabes et en accentuant les voyelles...
Aaron !
Je me redresse une fois encore sur mon lit.
Mon coeur bat à tout rompre.
C'était lui. Oui, c'était lui !
Mais comment...
J'attrape par un nouveau réflexe le galet qu'il m'a offert. Je suis si bouleversée qu'il met plusieurs minutes à agir, mais le tour fonctionne quand même.
" Delphine, respire. Tu as croisé deux fois un garçon anglais qui est venu deux fois à ton aide. Il sait que tu te téléportes et n'en a pas l'air effrayé ni y porter vraiment un intérêt malsain. Mais qu'est-ce qu'il me veut ?! ... Doucement, on se calme, oui, on se calme... "
Toutes mes rêveries ont duré longtemps, il est déjà 18:37 à mon réveil. Je ne mange plus à la table de la famille depuis quelques temps, et ma mère a décidé de respecter, ou n'a plus la force de combattre, mon besoin de solitude ou de fuite, selon les jours...
Je m'asseois sur le lit et serre la pierre qui s'est réchauffée au creux de ma peau.
Mes pensées fusent dans mon esprit à une allure folle, et aidée du galet, je peux réfléchir sans risquer d'arrêt cardiaque. Mémoire, mémoire, ouvre-moi tes portes.
" Il t'aidera à être toi, où tu le souhaites. "
C'est ce qu'il avait dit alors que j'étais en train de cligner.
Je regarde à nouveau le cadeau qu'il m'a fait.
Et s'il pouvait me permettre de... de maîtriser les clignements ?
Mon excitation est telle que je souris toute seule, à deux doigts de me lever pour appeler ma mère pour tout lui expliquer. Retrouver ma meilleure amie disparue et lui dire que je ne lui ferais plus jamais peur comme ça, ni à elle ni à moi !
Je me concentre.
Serre le galet dans ma paume. Ferme les yeux.
Aaron.
La douceur de son prénom me ramène très vite vers son visage et le son de sa voix. Pour la première fois, je me laisse porter. Je m'autorise à penser à ce que je veux. Plus besoin de se brider et de se surveiller continuellement, de prier l'invisible de me donner la force chaque jour de tenir ma conscience éloignée d'une pensée d'un lieu ou d'une personne trop longtemps pour déclencher un clignement.
Non, là, j'ai le droit de me laisser aller.
D'être... moi ?
Est-ce que cligner fait vraiment partie de moi ?
Comme la première fois que j'ai utilisé le galet, je ressens beaucoup plus profondément le processus qui se met en place. D'abord je perds la capacité de parler, puis de bouger à moins d'une très forte volonté, et enfin, cette sensation de vide absolu qui m'étreint un millième de seconde avant le brouillard total.
Aaron.
Un sourire.
Une réponse à ma vie présente... et future ?

***

" Bonsoir Delphine. "
La voix résonne dans le noir, douce.
" Aaron ? " demandais-je, perturbée par l'obscurité.
Je suis assise sur de la moquette, dans une pièce sans lumière, et je sens la présence d'Aaron non loin de moi.
" Oui, attends, j'allume. "
J'entends bouger la surface d'une couverture et le clic du bouton de sa lampe de chevet.
Sa lampe de chevet.
Une chambre se dévoile sous mes yeux. Simple, aux couleurs claires et décorée avec des tons asiatiques.
Je sursaute et recule par réflexe vers le mur le plus proche.
Il est désormais assis dans son lit, habillé d'un tee shirt bleu qui doit lui servir de pyjama, les cheveux en pétard sur son front, mais l'air ravi.
" Alors tu es venue. "
" Je... je ... je ne savais pas que j'arriverais là ... "
" Oui, tu ne pouvais pas te douter que j'aime résider au Japon et qu'avec le décalage horaire, il fait nuit ici... "
" Le ... Japon ? "
" Oui. Prends le temps de recouvrer tes esprits. Je ne veux te veux aucun mal et je suis très content que tu sois venue. "
" Mais pourquoi ? Qui es-tu ? Pourquoi est-ce que tu sais que je peux cligner ? Pourquoi veux-tu me voir ? Pourquoi étais-tu là à Paris ? Tu me poursuis ?! "
Il faut bien que mon désarroi éclate à un moment ou à un autre. Aaron sort lentement de son lit, comme s'il a peur de faire fuir un animal sans défense, et vient s'asseoir face à moi, le plus naturellement du monde.
" Tu te souviens alors pour Paris... " murmure-t-il, les yeux dans le vague et un air détaché peint sur le visage.
" ... Oui. C'est même la raison qui m'a poussée à essayer de... de cligner jusqu'à toi. "
" Cligner ? C'est une belle manière de dire ce que tu es capable de faire. Et cela renferme une belle symbolique, aussi. Moi, je préfères dire que je bondis. "
" Tu... ? "
" Oui. Depuis que j'ai dix ans. "
" Mais ... "
" Laisses-moi te raconter. Tu n'as pas froid ? Tu veux que je te serve un thé ? "
Il me parle avec une telle simplicité que je ne sais pas quoi répondre.
" Allez, viens, on va se mettre à l'aise. "
Il m'invite à me lever et à le suivre jusque dans une pièce plate et encadrée de panneaux de papier. Que faire d'autre ? J'obéis.
Nous nous asseyons au pied d'une table très basse, noire laquée, sur laquelle il me sert un thé fait avec des pétales des cerisiers du temple de Kyoto.
" La première fois j'avais dix ans, commence-t-il alors que je bois à petite gorgée. J'ai fait un bond dans ma chambre alors que je marchais dans un couloir de mon école. J'ai grandis chez une tante qui ne faisait pas vraiment attention à moi, alors j'ai pu continuer à bondir sans qu'il n'y ait de trop grosses gênes. Jusqu'à ce que je comprenne que plus le temps passait, plus je bondissais loin. Et que je n'avais toujours pas de moyen de contrôler ces bonds forcés, ni même de véritablement les prévenir. Alors je me suis enfuis. J'ai accepté de bondir en apprenant au fil des années à diriger mes bonds. J'ai voyagé. J'ai beaucoup volé. Volé pour survivre puis pour lancer des affaires qui aujourd'hui subviennent à mes besoins en toute... légalité. Mais il me manquait toujours quelque chose. J'ai vu le monde de long et en large, je parle une vingtaine de langues et de dialectes pourtant, personne ne parle ma langue. Personne ne sait que je bondis, que je ne suis pas comme tout le monde et personne ne peut le comprendre, personne ne peut comprendre mon langage. Alors... J'ai erré. Un moment. Jusqu'à ce que ... que je tombe sur toi. Je ne t'ai pas cherchée, je ne t'ai pas poursuivie. Je t'ai juste attendue, imaginée, espérée. Quelqu'un qui serait comme moi. Quand je t'ai vue bondir au milieu de la foule du Louvre, j'ai cru que j'étais victime d'une hallucination. Puis, j'ai vu ton air perdue, ta manière de réagir semblable à la mienne lors de mes premières années, et puis je ... ce que j'ai ressenti pour toi a été immédiat et irrévocable. Je voulais t'aider. Je veux t'aider. Je ne veux pas que tu ais à vivre le mal que j'ai subi, je veux que tu aies une chance de... de le vivre normalement. "
Il fait une pause. Je dois être rouge écarlate pour qu'il réussise à sourire en levant les yeux vers moi. Quelque chose de flou et de puissant à la fois a prit possesion de mon coeur, impossible de définir ce sentiment ou ces sentiments qui m'envahissent avec la force et la rapidité d'un ouragan.
Aaron brille de sincérité et d'une lumière que je n'avais vue chez personne d'autre.
" Tu dois me prendre pour un fou... " chuchote-t-il en fronçant les sourcils comme de douleur.
" Non. "
Ma voix n'est qu'un souffle et il s'y rattache telle à une bouée.
" Il y a d'autres choses que je voudrais comprendre. "
" Oui ? "
" Comment connais-tu mon prénom ? "
" C'était sur ta carte d'identité que tu as sortie en cherchant ta monnaie... "
L'évocation de cet épisode devenu plaisant me détend. Mais il reste encore des ombres dans cette histoire...
" Et pour l'Angleterre ? "
Un silence.
" Quand j'ai dit que je ne t'ai pas poursuivie, c'est à moitié faux. Je ... Lorsque tu es allée te concentrer pour bondir, j'ai bondi avec toi. Et je... je sais que l'on bondi grâce à des images et des sentiments. J'ai simplement déposé un livre de Londres dans ta chambre en espérant que tu t'y rendes. J'y ai séjourné plusieurs semaines en visitant les lieux qu'il y avait sur les photos, dans l'espoir de te revoir et de te donner ce canalyseur dont j'ai découvert les particularités lors d'un voyage en Afrique Australe."
" Mais ce n'est pas possible, il y avait tant de photos, comment pouvais-tu être... ?"
" A plein d'endroits quasiment à la fois ? " me sourit-il alors que je regrette déjà ma question peu futtée.
" Ca a dû te demander beaucoup d'énergie. "
" J'avais la pierre avec moi et plus d'années que toi pour savoir comment ne plus la dépenser trop rapidement. "
" Je ... J'ai besoin de savoir autre chose. "
" Ce que tu veux. "
" Pourquoi ? "
Un silence. Il ne baisse pas les yeux.
" Ma réponse va t'effrayer et tu vas bondir loin de moi. "
" Ne le prends pas mal, mais tu ne me connais pas assez pour prévoir mes pensées et mes actions. "
" Oui... et non. "
" Tu n'as pas répondu à ma question. "
" Je ne veux pas. "
" Tu as dit que tu répondrais ! "
" Je sais. Mais tu connais la réponse Delphine. Tu la connais et elle te fait peur. L'énoncer lui donnerait toute sa réalité, et je ne suis pas sûr que tu sois prête à l'entendre, cette vérité, et moi non plus, pour être honnête, elle me fait aussi peur qu'à toi. "
" Pourquoi ? " que je souffle encore.
Le mot est à double sens et Aaron ne répond pas.
Ma gorge se sert à nouveau. Il a raison, je n'ai qu'une envie : fuir.
Mais je ne le fais pas. Je pourrais. Je sais dorénavant que je peux aller où je veux quand je le souhaite. Avec de la patience et de la volonté, j'y parviendrais.
Je ne veux pas qu'il ait raison sur toute la ligne. Je ne bondirais pas, non.
Embarrassé, Aaron se lève et se dirige vers un petit balcon dont il ouvre la porte-fenêtre. L'air frais de la nuit vient me caresser la joue et m'offre une respiration plus lente.
" Et si la vie avait le droit d'être belle ? demande-t-il tout à coup à voix haute, les yeux perdus vers les lumières des immeubles d'en face. Pourquoi avons-nous peur d'avoir une chance d'être ... heureux, d'être nous-même ? Pourquoi cette peur, cette répulsion pour ce qui pourrait être bon pour nous ? Nous nous abandonnons nous-même dans la facilité, l'immédiateté des choses et la futilité de liens qui ne mériteraient pas d'être au centre de nos vies. J'ai vu beaucoup de choses dans ce monde, et l'homme y est toujours seul, démuni, stupide. Non, pas toujours. J'ai vu la joie, j'ai vu la simplicité de la vie, la beauté de l'amour vrai et la force que l'on porte avec les autres, que l'on vit avec les autres. Et je voudrais juste pouvoir à mon tour... "
Je suis complètement pendue à ses lèvres. Il se tourne vers moi, plus lumineux que jamais.
" Je ne te le dirais pas. Chaque chose que j'ai faite le dit à ma place. Je ne veux pas t'envahir, je ne veux pas t'imposer. Le livre de Londres était un acte égoïste, pourtant je ne le regrette seulement à moitié, je n'arrive pas à m'en vouloir totalement. Je voulais juste saisir ma chance. Ma chance d'être comprit et de... d'apporter à quelqu'un ce que j'aurais voulu que l'on m'apporte, comme une sorte d'acte qu'un prédécesseur aurait manqué à mon égard et que je rectifie aujourd'hui. C'est un mélange. Entre mon moi d'avant et celui de maintenant, entre toi et ce que je voudrais être pour toi. De toutes façons, tu es libre Delphine. Ce canalyseur t'appartient et si tu me le demandes, je ne chercherais plus jamais à faire partie de ta vie. Je sais simplement une chose, là tout de suite, c'est que je suis heureux que tu sois venue jusqu'ici pour me permettre de vivre un bond unique. Celui vers l'amour. "
J'ai failli dire qu'il avait fini par le dire, mais je me suis retenue.
Non, je ne me suis pas retenue, parce que je pleure.
Pour la première fois depuis des mois. Depuis plus d'un an.
Je ne peux pas lui sauter dans les bras, je ne peux pas lui répondre que c'est réciproque dès maintenant, je n'ai pas les mots, ils se sont envolés.
Je me contente de pleurer en silence et de laisser toutes ces larmes descendre en me délivrant d'un poids plus lourd que je ne l'avais cru.
Aaron se place à côté de moi et me tend doucement un mouchoir. Je le prends en le remerciant d'un hochement de tête.
Il ne me touche pas, je me calme peu à peu.
Le soleil est déjà en train de conquérir les parures célestes de la ville de Kyoto.
Je respire.
Il n'y a pas de hasard. Et la vie peut-elle être une chance ?
Je respire.
Je me tourne vers Aaron. Il ne sourit pas, mais je sais qu'il me comprend.
Et je cligne.
Juste des yeux et dans mon coeur.
Vers une image qui ne m'a pas encore dévoilé tous ses aspects, mais une chose est sûre.
Dans cette représentation que je me fais en mon esprit, le future sera coloré.
De la présence d'Aaron.

- Le Vieux Rêve -

Encore un petit poème écrit en cours ...





- Le Vieux Rêve - 


La mélancolie est faite de nos rêves morts-nés,
Elle vient ripailler aux soirs de espérances,
Picorant dans le plat de notre volonté,
Afin que notre mémoire lui cède un mot qui pense.

Un esprit ouvert demeure un berceau d'espoirs,
Car rien n'est plus puissant qu'un songe incarné,
En un visage, un mouvement, une histoire,
Entraînant l'être dans la quête d'une réalité.

Enfants et vieillards se nourrissent de son souffle,
Qui murmure au milieu du Jardin d'Onirie, 
Là où les illusions jamais ne s'essoufflent, 
Et dansent au-delà du monde où le sensible vit.

Au bal de Rêve en notre sommeil tant répété,
Nos désirs se dévoilent dans une sans-gêne infinie,
Les mensonges y sont des masques de vérité,
Il faut embrasser cette musique de génie.

Même le Temps armé d'échecs ne peut altérer,
La foi offerte à ceux qui inventent en pleine nuit,
Un univers de fantaisies nouvelles, pour boire
A la source célébrant leur persévérance. 

dimanche 20 mars 2011

- The Assassin's Fall -










- The Assassin's Fall -







" Bip... Bip... Bip..."

***

Aube latente dans le ciel pour une ville qui s'éveille.
Tours d'ocre, palais de marbre, toits de tuiles cuivrés, dômes d'églises, villas portées par les arcs de pierre et sublimées de mosaïques de verre, alors que les rues ne sont encore que de la boue.
La cité grouille de toutes sortes d'animaux.
Des fourmis qui s'affairent sans cesse, des vers qui se prélassent toute la journée, des chiens qui veillent et aboient après ceux qui pourraient les nourir. Une masse noire, bruyante, qui pullule de sa médiocrité et de son ignorance.
Et parmi ce monticule de gens dépourvus d'âme, se tisse pourtant une toile de vie, forte de son nombre de membres à relier, faible car ces derniers ne se tiennent les uns aux autres que par un fil aussi fin que celui des araignées.
Dressé comme la goule des cathédrales, le loup observe en silence sur les toits de Florence, aspirant quelques délicieuses bouffées d'air avant de plonger.
Un loup ?
C'est un homme de haute taille, habillé d'une veste teintée d'un rouge pourpre, chaussé de bottes de cuir qui lui remontent jusqu'aux cuisses, les hanches serties d'une ceinture où pendent ses poignards. Sous sa chemise blanche, s'entrelacent des harnais qui lui permettent de dissimuler couteaux aiguisés, poisons, et de maintenir son épée, faite d'une courbe et de gravures d'argent, dans son dos.
Enfin, ne laissant briller que ses yeux de braise à la lumière du soleil levant, une capuche obscurcit son visage et le sourire qui se dessine sur ses lèvres.
La Renaissance, c'est ainsi que ceux qui arpenteront le futur nommeront ces temps colorés d'un renouveau intellectuel et artistique, mais pour l'heure, l'homme s'apprête à tout autre chose.
Il se relève et se prépare à sauter sur le damier de toitures d'argiles.
Un loup. Une face douce pour le jour, son opposé lorsque s'approche la nuit.
Le voile orangé des cieux se déchire pour laisser place à une robe bleutée parsemée de nuages.
L'homme inspire une dernière fois.
C'est un assassin qui s'élance dans la ville.

***


"Bip... Bipbip... Bip... Bipbip..."

***

" Bip... Bip... Bipbip... Bipbip... !"
John se réveilla brusquement sous les vibrations et la sonnerie de son téléphone, qu'il sortit de sa poche. Après un grognement imbibé de sommeil, il poussa un juron en lui-même et décrocha :
"Combien de fois faudra-t-il te dire que je ne veux plus être dérangé ?"
"Excusez-moi monsieur Plenois, lui répondit la voix mal assurée de son assistant, mais Tokyo a appelé, et nous aurions besoin..."
"Dis-moi Charly, où suis-je en ce moment même ?"
"Dans l'avion vous ramenant à Londres, monsieur."
"Et depuis quand n'y suis-je pas retourné ?"
"Trois... trois mois, monsieur."
"Bien. Je fais la surprise à ma femme de rentrer plus tôt que prévu et il me semble avoir largement mérité des vacances. Tu n'es pas d'accord, Charly ? "
"Si, mais..."
Charly était le surnom qu'il donnait à tous ses subordonnés jetables comme des cannettes usagées, qu'il ne gardait pas plus d'un an à son service en général. Celui-ci, jeune chiot qui appréhendait à peine quelle jungle pouvait être la City Londonienne, ne pouvait pas s'empêcher, au-delà de ses airs naïfs, de se révéler attachant. Prévenant, attentif, apprenant sans cesse comment satisfaire son employeur, ce Charly méritait un petit traitement de faveur, à la sauce John Plenois.
Bien sûr John connaissait l'importance de cette affaire avec Tokyo et ne pouvait pas nier la légitimité de l'appel de l'assistant, mais il avait décidé de passer outre, au moins pour deux semaines. Oui, deux petites semaines hors du circuit des tours des traders.
John soupira.
"Je vais te le dire sur le ton de la plaisanterie, mais comprends bien que je ne rigole pas. Je prends mes vacances jusqu'au 15 à minuit, et si tu continues à me communiquer quoi que ce soit provenant du bureau, je t'offre aussi des vacances, mais à durée indéterminée. C'est clair ?"
"Oui... monsieur."
John n'ajouta rien et raccrocha sèchement. Le petit pourrait s'affoler autant qu'il le voudrait, mais au moins il venait de gagner la tranquilité qu'il souhaitait.
Il sourit, s'étira sans grâce sur son siège, lorsque ses yeux retombèrent sur le livre posé sur la table fixée près de lui, comme pour tous les passagers de première classe.
"Décor et société de la Florence du XVe siècle"
Truffé d'illustrations et d’anecdotes croustillantes, l'ouvrage avait parfumé ses rêves d'un cadre aussi attirant que mystérieux, son esprit s'était laissé happer par des horizons qui lui étaient inconnus jusqu'ici. 
Il l'avait lu juste avant de s'endormir durant ce trajet qui lui faisait traverser deux continents et moultes fuseaux horaires. Avec lui, il avait même sauté dans le temps. Il souriait encore aux souvenirs des quelques bribes qui lui restaient de son songe lorsqu'une voix s'éleva dans le cockpit.
"Bonsoir mesdames et messieurs, ici votre commandant. Nous vous informons que notre vol à destination de Londres s'achèvera dans une dizaine de minutes. Il est vingt deux heures, heure locale, et la température est de dix degrés. Un voyant rouge sur le dossier de vos sièges s'allumera lorsque vous serez priés d'attacher vos ceintures. Nous vous remercions d'avoir choisi Singapour's Airlines, à bientôt."
John rangea sommairement son sac, refusa les brochures proposées par une hôtesse, et obéit aux directives du pilote une fois que la lumière rouge se mit à clignoter sur le dossier du fauteuil de son voisin.
L'avion entamait sa descente vers la terre, mais les pensées de John divaguaient toujours vers une cité d'ocre, remplie de secrets, de magnificence comme de bassesses et de sang.

***

"... Bip... Bip..."

***

La villa a été créée par Michelozzo, humaniste et architecte de l'Italie Florentine. La richesse du maître des lieux, un certain Giovanni di Castellan, lui a permit d'accueillir le célèbre artiste dans son projet de construction.
L'assassin, qui a une vue imprenable sur le Dôme de la cathédrale de Santa Maria del Fiore, se laisse glisser sur les gouttières pour atterrir souplement sur l'un des balcons du bâtiment, quadrillé d'harmonieuses arcades.
Se jouant du silence de son déplacement, l'homme s'infiltre dans une chambre plongée dans l'ombre, connaissant parfaitement l'édifice et sachant où il la trouverait.
Lisa.
La femme de Giovanni di Castellan, épouse attentive et soumise, mère stricte mais aimante, la figure parfaite de ce que la société de l'époque attend du sexe dit faible.
Mais rien n'est tel qu'il n'y paraît.
L'assassin se faufile entre les meubles somptueusement sculptés, marche sur les tapis aux broderies colorées, guidé par une symphonie de souffles et de murmures qui se transforment en gémissements.
Alors qu'il s'approche du centre de la pièce où se trouve le lit taillé dans le chêne, il peut les voir malgré la pénombre.
Une danse érotique s'ouvre devant ses yeux, parée de mouvements de plus en plus frénétiques sous les draps de soie. Deux corps l'un sur l'autre font l'amour, dans un élan irrépressible.
L'épouse de Di Castellan, et un amant dont il ignore le nom.
Il est désormais assuré que la porte de la chambre est bien fermée, le couple adultère y a très sûrement veillé. Toujours invisible et inaudible, il se dirige vers les grandes fenêtres aux carreaux peints, et empoigne avec force les lourds rideaux qui les enferment dans un huit clos.
La lumière envahit les lieux comme un ouragan. Cette intrusion provoque un cri de stupeur chez Lisa qui se délivre précipitamment des couvertures. 
Elle apparaît, entièrement nue, les seins fermes, une cascade de cheveux ébènes sur les épaules et la peau brillant de sueur, ses yeux noirs vissés sur l'inconnu adossé au mur.
Elle ne peut voir son visage plongé dans l'ombre de sa capuche, et son amant se redresse au-dessous d'elle, plus jeune, les cheveux en bataille et le regard terrifié.
- Qui êtes-vous ? demande l'impudente d'une voix claire et dure à la fois.
- Quelle importance, lui répond-t-il d'un ton sans aucune empathie. Je ne suis que ce que je fais. Et maintenant, je vais agir selon ce que je suis. 
Le jeune homme se met à geindre, s'attirant les foudres de sa maîtresse qui le repousse contre la tête de lit et se lève, face à l'homme qui n'a pas bougé d'un pouce.
- C'est mon mari qui vous a engagé ? continue-t-elle avec mépris. Il n'aura ainsi aucun compte à rendre à personne. Une femme adultère est la pire des humiliations pour un homme. Même une défaite militaire lui serait plus douce.
L'assassin sourit sans qu'elle ne le voie. Il reconnaît l'intelligence de Lisa qui ne semble pas avoir peur de lui tout en ayant conscience de la situation. Il ne l'a jamais vue aussi belle.
Dommage.
- Dois-je considérer cela comme vos derniers mots ?
- Donnez-moi votre nom.
Son insistance aurait pu l'exaspérer, en cet instant, elle l'amuse.
- Appelez-moi Epsilon.
- Je connais votre voix.
- Je n'en doute pas.
Elle relève les yeux vers lui, une surprise mêlée de frayeur peinte sur le visage. Là voici déshabillée de sa fougue si désirable.
Tant pis.
- Gio...
Le mot meurt dans sa gorge ouverte d'un trait net tracé par un poignard, ne laissant s'échapper que des râles avortés et des flots de sang. Une rivière d'un rouge écarlate dégouline sur l'ivoire de son corps aux courbes graciles, avant qu'il ne tombe sur le tapis, inanimé.
L'homme pousse un long soupir lorsque son regard quitte la vision de sa victime pour découvrir l'amant recroquevillé dans les draps, pleurant comme un enfant privé de sa mère.
Des deux, ce jeune homme est celui qui le dégoûte le plus.
Mais peut-être qu'il pourra rendre ce jeu plus intéressant.
Il enjambe le cadavre et s'avance vers le lit.
Le garçon pousse un nouveau cri.
Paralysé de peur.

***

".. Bip... Bipbip... Bip..."

***


Le taxi le ramenait dans le quartier chic de la capitale, où il s'était installé avec son épouse Alice lorsqu'il avait été muté à Londres, après avoir brillé dans quelques multinationales à New York et Paris.
Patelin de quelques maisons aussi chères que des immeubles, la voiture s'engagea dans la longue avenue, bordée de haies et de murs en brique tout à fait au goût du jour. 
John avait hâte de retrouver l'odeur fleurie de chez lui, les yeux bleu pétillant de sa femme, et de la ravir de toutes sortes d'attentions. Surtout, il lui tardait de pouvoir la toucher, l'embrasser. De prendre possession de son corps comme pour pouvoir reprendre conscience du sien et de tout cet amour qui l'étreignait dès qu'il posait les yeux sur elle.
En dix ans de mariage, il ne l'avait jamais trompée. Ce qui, pour ses collègues, le relayait soit à la catégorie des coincés soit à celle des erreurs de la nature. Trois mois sans sa peau près de la sienne et une relation à distance, seulement rattachée à des appels téléphoniques et à des mails, avait risqué de le rendre fou.
Toutes ses pensées tournées vers Alice, son sourire, son regard, ses formes et le son de sa voix lorsqu'elle s'abandonnait à lui, l'excitaient davantage. 
Tant et si bien que lorsque le véhicule s'arrêta devant le portique de bois peint en blanc, il se précipita en prenant à peine le temps de payer la course. Le chauffeur aurait de toutes façons le bon sens de lui décharger ses bagages.
Il ouvrit la lourde porte du bâtiment aux volets clos. C'était un immense édifice de béton aux larges baies vitrées aux étages, tout avait été conceptualisé selon les idées modernes d'Alice qui avait étroitement collaboré avec l'architecte qu'ils avaient engagé.
Une fois dans le hall aux couleurs cendres et aux miroirs ovales, il posa son sac contre le mur et se dirigea sans attendre vers les escaliers aux tapis blancs et verts, pour arriver au premier étage où se trouvait leur chambre.
Vu l'heure tardive, Alice ne pouvait qu'être endormie dans leur lit.
A chacun de ses pas montait une nouvelle vague d'adrénaline, son coeur roulait comme une baguette qui caresse la peau du tambour pour mieux le faire résonner.
Alice.
Ses yeux bleus qui ressortaient parmi la blondeur de ses cheveux, le grain de beauté sur sa hanche droite, la courbe de ses jambes s'entrouvrant, son sourire faussement pudique lorsque son regard à lui la déshabillait...
Il courait presque en entrant dans la chambre.
- Mon amour... Je suis ...
Il ne put finir sa phrase.
Alice tenait dans ses bras un homme qu'il ne connaissait pas, l'air totalement surprise. L'inconnu avait les yeux humides de larmes, se retira violemment de l'étreinte de son épouse, gêné. Pourtant, aucun des deux ne semblaient terrorisés ou épris d'un sentiment de culpabilité.
- John ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne devais pas rentrer la semaine prochaine ?
Il ne répondit rien. Pétrifié devant eux, l'esprit perdu dans une folle série de questions qui l’assommaient. Son coeur continuait de battre la chamade, mais pour des raisons aussi éparses que contradictoires.
- John ? Qu'est-ce que tu as ? John, c'est Peter, il a perdu...
Il ne réussit pas à en entendre plus.
Quelque chose l'envahit à l'instant même.
Comme si toute l'énergie contenue jusqu'alors, toute l'impatience, tous les rêves tout à coup brisés, se métamorphosaient en une colère insoutenable dans son être déboussolé.
Non, c'était pire que de la colère.
De la rage.


***

"... Bip... Bip... Bip... "


***

Le jeune homme, à peine âgé d'une vingtaine d'années, le regarde. Ses yeux aux éclats verts sur un fond de pupille châtain, le fixent en silence, alors que son corps, toujours assis sur le lit, est tendu sous la pression d'une terrible attente.
Ses larmes ont séché sur son visage rougi par les pleurs et l'émotion, le garçon semble avoir oublié sa nudité et ne respire que la peur.
L'assassin fait un dernier pas dans sa direction, se retrouve devant le matelas, menaçant.
- S'il vous plaît..., supplie l'amant d'une voix hésitante. Je... Je suis le fils d'un cousin des Médicis !
- N'est-ce pas une raison de plus pour te punir ?
Le jeune homme ravale de nouvelles larmes et gémissements de frayeur. Il lui faut tenter le tout pour le tout.
- Je vous en prie... Je peux payer plus cher que celui qui vous a employé !
- Je ne suis pas intéressé par l'argent.
Sans attendre davantage, le garçon recule avec précipitation et tombe du lit, se rattrape in extremis sur ses pieds et court vers le mur orné de tapisseries aux représentations médiévales, évitant soigneusement le corps de sa maîtresse gisant devant les fenêtres.
Epsilon se retient à grande peine de soupirer encore une fois. Lisa aurait pu choisir plus téméraire, du moins plus futé.
Il le rejoint en quelques mouvements souples et lui fait à nouveau face. Le garçon sanglote et ses jambes flageolent.
- S'il vous plaît...
- Il me plaît d'agir ainsi.
- Pourquoi...
- L'infidélité se paye toujours. Au ciel comme sur terre. Je veille simplement à ce que la justice soit bien rendue ici bas.
Le regard du jeune homme se durcit.
- Vous mentez.
- Ah, et pourquoi donc ?
- L'argent ne vous attire peut-être pas, mais ce n'est en aucun cas la justice divine qui vous a guidé jusqu'ici.
L'assassin, agréablement surpris, se prend au jeu.
- Quel est le moteur de mes actes selon toi alors ?
- La vengeance.
- Pourquoi ?
- Votre seule présence ici à un tel moment, prouve que vous êtes plus qu'informé. Vous le saviez. Vous la connaissiez. Peut-être même que vous...
Décidément, le petit se révèle plein de ressource. Epsilon entrevoit enfin les quelques raisons qui avaient pu poussé Lisa à le prendre comme amant.
Comme pour avaliser ses paroles, il lève le voile d'ombre qui pesait sur son visage.
Tout à coup, le garçon épouse les même traits de terreur mélangés de stupéfaction, que son amante avait manifesté juste avant qu'il ne la tue.
- Désormais, tu sais. Je suis mon propre commanditaire.
Alors que le jeune homme pousse un cri d'effroi, la lame d'argent vient mordre sa poitrine, en une parfaite courbe s'achevant dans les ventricules de son coeur. 
Un jet de sang qui se répand sur les vêtements et sur le sol en quelques instants. Et le regard de l'amant se fige dans la peur et la mort.
Satisfait de ses actes, Giovanni di Castellan se tourne vers les fenêtres de la pièce, la matinée est déjà bien avancée. Il remet sa capuche et nettoie délicatement ses poignards avec un bout de drap du lit, ses pensées reviennent sans cesse à ces corps inertes près de lui.
Lisa ne s'est pas humiliée avec n'importe qui et cela le console.
Une fois prêt, il esquisse un pas vers son échappatoire lorsque la porte de la chambre s'ouvre.
Une servante, frêle dans ses tabliers et sa coiffe blanche, reste pétrifiée devant ce qu'elle voit.
Deux cadavres et une grande ombre au fond de la pièce dont elle n'arrive pas à distinguer le visage.
Le silence qui les entoure semble se cristalliser dans le temps.
Jusqu'à ce que la servante le déchire par un hurlement strident.

***

"Bip... Bipbip... Bipbip..."


***


Le monde s'écroula.
John perdit conscience de lui-même et le contrôle de ses sens.
- John ... John... Qu'est-ce qui t'arrive ?
La voix féminine, familière, se dilatait dans son esprit, de plus en plus lointaine.
Sa vision se brouillait. Seuls quelques points précis de la chambre lui étaient encore distincts, comme la coiffeuse d'Alice ou la porte de la pièce toujours ouverte. Mais les visages de sa femme et de son amant avaient sombré dans un flou total.
Alice, adultère ?
Ces deux mots ne pouvaient pas aller ensemble. Il ne pouvait pas les mettre l'un à la suite de l'autre.
Alice, adultère.
Ses neurones disjonctèrent un à un tels des ampoules ne supportant pas la force du courant qui les assaillait.
Alice. Adultère. Alice. Adultère. Alice. Adultère. Alice. Adultère. Alice. Adult...
John s'abandonna au néant, n'ayant plus les ressources mentales pour se protéger de lui-même. Dénudé de toute raison, l'image de la coiffeuse revint se loger dans sa rétine.
L'idée jaillit en lui, simple et absolument... naturelle.
" Alice. Adultère. Alice. Adultère. Alice. Adult..."
" L'infidélité se paye toujours."
"Alice. Adultère. Payer. Alice. Adultère. Payer. Al..."
Alors que des pleurs et des appels l'entouraient, John se dirigea vers le petit meuble de bois laqué, complété par un miroir dont il ne reconnu pas le reflet.
"J'agis selon ce que je suis."
"Je ne devrais pas. C'est mal."
"Il faut épurer le monde des médiocres. Des fourmis, des vers, des chiens... "
"J'ai mal. "
"Il faut lui faire payer."
Une fois les ciseaux en main, toute l'énergie créée et contenue depuis trop longtemps explosa en un enchaînement de gestes aussi précis que puissants.
"Je veille à ce que la justice soit bien rendue ici bas."
"J'aime Alice..."
"Tu hais cet homme. Tu hais ce qu'ils ont fait. Tu hais ce qu'elle t'a fait !"
"J'aime Alice."
"On châtie mieux ceux que l'on aime."
John ne commandait plus son propre corps. Il n'était gouverné que par des instincts meurtriers.
" Vas-y !"
Lorsque l'acier de l'outil déchira les chairs du sein d'Alice, s'enfonça jusqu'à son coeur, il ressentit un plaisir sans nom, pervers, destructeur.
Il planta l'arme plusieurs fois avec frénésie, se libérant de cette haine viscérale et s'enchaînant à la folie en même temps.
"C'est mal, c'est mal !"
"C'est bien, c'est bien !"
"Tu es libre John. Tu es moi et je suis toi."
Sa vue encore défaillante l'empêchait de discerner véritablement le visage qu'il étranglait par la suite avec toutes les forces qui lui restaient.
"Le monde ne comprendra pas. Nous devons fuir. Fuis !"
La voix résonnait en lui. Il parlait avec elle. Parlait pour elle.
Il parlait tout seul.
Telle une bête qui n'avait d'humain que son enveloppe, il s'échappa de la maison en laissant derrière lui deux corps sans vie.
La vengeance l’exaltait.
Rien de plus noble que de rendre justice.
Il avançait dans l'allée du quartier, et regardait son ombre sur l'herbe dessinée par la clarté des lampadaires.
John souriait d'un air machiavélique.
"Je ne suis que ce que je fais. Et j'ai agi selon ce que je suis."
A côté de lui, marchait la sombre silhouette d'Epsilon, persuadé qu'elle était la sienne.
L'assassin de ses rêves l'accompagnait, non, plus encore, il était ce personnage hors du commun.
La nuit embrassait le ciel, John croisa une voisine qui promenait son chien. Elle mit de longues secondes à le reconnaître.
Ce furent les éclaboussures de sang sur ses vêtements et sur sa figure ainsi que ses mains écarlates qui la firent plaquer une main sur sa bouche pour retenir un cri, et s'enfuir vers chez elle.

***

"Bipbip... Bipbip... Bip..."

***

Giovanni saute par une fenêtre, court sur le balcon, pendant que l'alerte se répand tel un feu de forêt dans la villa et bientôt dans toute la cité.
Enjambant la balustrade, il s'empresse de grimper sur le toit à l'aide des larges jointures des pierres du mur et de la gouttière. Debout sur les tuiles, il observe les rapidement les alentours : les rues sont déjà envahies par les miliciens, toutes les femmes crient et se lamentent à l'étage alors que les hommes s'agitent dans tous les sens.
N'ayant plus une minute à perdre, l'assassin prend son élan et commence à sauter agilement de toit en toit pour ne se faire rattraper par personne.
Il continue sa course jusqu'à ce que, au carrefour d'un bourg retiré des effervescences de la ville, il retrouve ce qu'il considère comme étant sa plateforme, là où il monte pour méditer et regarder Florence vivre devant lui.
Une fois arrivé, il se change, cache avec minutie ses armes, et redescend par la gouttière pour entrer dans la bâtisse, abandonnée depuis une dizaine d'années, dont il a fait son repaire.
Il n'a plus qu'à sortir dans les rues, à nouveau habillé comme Giovanni di Castellan, totalement insoupçonnable.
C'est avec un grand sourire qu'il s'affiche dans les rues, lorsque une brigade l'identifie et l'interpèle.
Après lui avoir annoncé la funeste nouvelle, le sergent lui jure de retrouver le coupable. Giovanni, faisant mine d'être emporté par le chagrin et la colère, lui offre publiquement toute sa confiance pour résoudre l'affaire.
Enfin, sur le chemin le ramenant chez lui, l'assassin ne peut s'empêcher de se féliciter.
La justice protège toujours ses agents.
Il ne lui reste plus qu'à continuer sa vie, libre.

***

" Bip... Bip... Bip ! Bip ! Bipbip !"

***


"Écartez-vous, je suis Giovanni di Castellan ! Ecartez-vous, lâchez moi !"
Mais les hommes en uniforme ne voulaient rien entendre.
Ils lui étaient tombés dessus un moment après que la voisine se soit enfuie en courant, à la recherche d'un téléphone. 
L'appel de la femme les avait alertés qu'elle avait surpris son voisin en train de sortir de chez lui, couvert de sang, l'air effrayant et totalement ailleurs.
Gyrophares, sirènes, tout un peloton de policiers avait débarqué dans l'avenue, armes en vue et l'air déterminés. 
John ne s'était pas laissé approcher sans se défendre puis sans se débattre avec violence quand ils s'étaient mis à quatre pour l'attraper.
"C'est elle ! C'est elle qui avait commis l'impardonnable ! Lâchez-moi !"
" J'aime Alice."
"Je n'ai agi que tel que je suis. Je ne suis que ce que je fais."
"J'ai rendu justice, vous me faîtes mal, arrêtez de m'appeler monsieur, je suis un seigneur !"
Le délire s'étirait dans la réalité qui avait perdu tout sens pour lui.
Ils le plaquèrent contre le capot d'une voiture, le menottèrent avec brutalité devant son agressivité, le forcèrent à entrer dans le véhicule. Il hurlait. Son nom, oui, ce nom, Giovanni di Castellan, celui d'Alice, jurant qu'ils le payeraient tous.
Une fois à l'intérieur, on le piqua. Il combattit la drogue comme il le put, mais la vague d'inconscience l'emporta.
Alors que la police Anglaise ouvrait l'enquête sur un homicide et sur la tentative d'un deuxième, elle le transféra dans un hôpital où se trouvait un département psychiatique.

***

"Bip... Bip... Bip..."
"Bipbip... Bipbip..."
"Ptiiifffeuh... Ptiiiifffeuh..."

***

L'appareil mesurant son rythme cardiaque signalait des battements réguliers. Celui qui lui permettait de respirer avec plus d'aisance émettait une série d'inspirations et d'expirations bruyantes dans toute la chambre d'hôpital.
L'arcade de son oeil droit avait été pansé, ses bleus soignés et quelques parties de son corps bandées.
Alors qu'il dormait encore, les aides-soignants avaient veillé à lui sangler les chevilles et les poignets, s'assurant que le patient ne pourrait plus faire de mal à personne.
Tout à coup, deux infirmières entrèrent dans la pièce, pour vérifier si tout allait bien.
- Je suis bien contente que Jason et Marc l'aient attaché, commença la première, petite brune douée de l'art des commérages.
- Qu'a-t-il de plus dangereux que tous ces autres fous ? demanda sa collègue, moins enjouée que cette dernière.
- Il a tué sa femme il y a deux jours, de sang froid et avec des ciseaux. Je ne voudrais pas être celle qui sera chargée de lui.
- Pourquoi dis-tu ça ?
- Tu n'es vraiment au courant de rien ?
- Je viens de rentrer de mes vacances ce matin, je te rappelle !
- Ah oui, mais quand même, on ne parle que de ça au troisième étage, peut être même aussi au quatrième ! 
- Oui bon, raconte.
- Le docteur Singman lui a dianostiqué une schizophrénie hébéphrénique. Ce John Plenois a hurlé aux policiers qui l'ont arrêté qu'il était un certain Giovanni di Castellan, tu remarqueras que les deux ont le même prénom en deux langues différentes. Là où c'est plus drôle, c'est que le Giovanni di Castellan serait aussi un assassin au XVe siècle, sous le nom d'Epsilon. Tu vois ? Plenois et Epsilon, de parfaits anagrammes. Il est fou mais sa folie est bourrée d'imagination. Par contre, Singman a signalé que ses troubles étaient très tardifs, le patient n'a pas un profil habituel vu qu'il a déjà passé la quarantaine et qu'un tel dysfonctionnement psychologique aurait dû être décelé plus tôt.
- Mon dieu... on en voit vraiment de toutes les couleurs ici. Donc John n'a pas conscience de ce qu'il a fait.
- Singman pense que si. Mais il nie en se cachant dans Epsilon. Et tu sais, en plus de sa femme, il a essayé de tuer un homme présent au moment des faits. Il était venu rendre visite à Alice - la femme de John qui lui, rentrait d'un voyage d'affaire plus tôt - , qui l'a réconforté parce qu'ils venaient de perdre un ami commun. Le fou a cru que sa femme le trompait et s'est jeté sur elle pour la tuer à coups de ciseaux, et a étranglé Peter, qui était heureusement encore en vie lorsque les flics sont arrivés sur place. On la transféré au deuxième, avec un psychiatre spécialisé dans les traumatismes liés aux agressions. 
- Peter ? L'homme que sa femme a consolé ? Au deuxième ? C'est complètement dingue...!
- Oui, et faudra veiller à ce que ces deux-là ne se croisent pas !
- C'est sûr !
- Allez viens, il en a encore pour un bon moment de sieste, tous les appareils sont ok, on va se prendre un café.
- D'accord. Dis, comment tu sais autant de choses ?
- Je m'entends bien avec Singman...
- Je vois ... Et le fait qu'il soit marié ne te dérange pas ?
- Sa femme n'arrive plus à le satisfaire. Moi oui, autant en profiter.
- Tu m'étonneras toujours...
Alors que le son de leurs voix diminuaient, elles sortirent et refermèrent la porte derrière elles.
Laissant John à ses rêves.
Peuplés d'une aube latente dans le ciel pour une ville qui s'éveille. 
Et de tours d'ocre, de palais de marbre, de toits de tuiles cuivrés, de dômes d'églises, de villas portées par les arcs de pierre et sublimées de mosaïques de verre, alors que les rues ne sont encore que de la boue...