dimanche 27 novembre 2011

- Rencontre Nocturne -








Ronde du piano qui boucle l'esprit dans une inssatiable mélopée onirique...
Je glisse discrètement un orteil vers la surface de l'eau du lac, saupoudrée d'éclats de lumière lunaire. Les étoiles scintillent au rythme de la nuit au-dessus de ma tête, et s'admirent dans le miroir lisse des profondeurs. Le léger souffle d'une brise nocturne soulève quelques unes de mes mèches dorées en travers de mon visage, tandis que mes yeux se perdent dans l'infini.
Mon pied ne ressent qu'une vague de douceur fraîche l'envahir, le lac a revêtu sa plus calme parure pour m'inviter à en suivre le chant.
Car il s'est élancé, depuis que le soleil est tombé derrière l'horizon, au milieu des harpèges, à la recherche d'une ode à offrir à celle qui passerait par là.
Les doigts du vent s'amusent à pincer les branches des arbres environants telles des harpes végétales, caressent la terre en un voluptueux déhanchement des hautes herbes, et comme de minuscules diamants pétillants, des lucioles tournoient en une valse harmonieuse.
L'enchantement déroule ses effets autour de moi et le silence, soudain, s'épaissit.
Le lac, toujours fait d'un verre réfléchissant la lumière et les formes, vient de me dévoiler la présence d'un être puissant, juste derrière moi.
Regard de glace perdu entre deux reflets d'étoiles.
Pieds nus, je fais virvoleter les pans de ma robe mauve et ma chevelure de miel en me retournant.
Mes yeux suivent lentement les courbes noires et écailleuses de la silhouette qui se détache peu à peu des ombres de la nuit.
Ailes recourbées, pattes au sol, la tête légèrement inclinée sur le côté, il m'observe d'un air grave.
Mon coeur aurait dû vaciller, mes jambes trembler, et pourtant, je me tiens bien droite.
Une rencontre nocturne.
Simple coïncidence ou voie du destin ?
Incapable de répondre à cette question muette, je m'évade en l'apaisante contemplation du Dragon.
Sa poitrine se soulève avec lenteur, il ne semble ni surpris ni menacé. Un parfum d'azur se dégage de lui, fait des senteurs des nuages et de la furtive effluve de poudre stellaire. Néanmoins, je devine le feu qui l'anime de l'intérieur, comme un brasier qui ne perd jamais sa force, ultime défi lancé au temps, qui ne peut en altérer la flamme.
Une rencontre nocturne.
Un passage qui s'ouvre entre deux mondes, un pont jeté entre les rives de deux univers.
Alors, pendant que je le détaille sans mot dire, sa présence s'avance vers moi, m'enveloppe en mêlant puissance et délicatesse, pour finir par s'insinuer dans mon esprit.
" Qui es-tu ? "
La voix est la Vie.
La voix est le Ciel.
La voix est Tout.
En moi.
" Peu importe la réponse. Je suis là. "
" En effet, Enfant. Et pourquoi es-tu venue t'asseoir au bord des mondes ? "
" J'avais besoin de rêver. Là d'où je viens, les gens ont oublié. "
" Quoi donc, Enfant ? "
" Oublié de respirer, oublié de ne courir qu'après le présent, oublié de s'arrêter pour regarder, oublié de vivre, tout simplement. "
" Le Lac est un puit à rêves merveilleux, j'en conviens. "
" Et toi, Dragon, pourquoi m'honores-tu de ta présence ? "
" Pourquoi devrait-il y avoir une raison ? Je suis là. Comme toi. Le temps s'écoule différemment en ce lieu. J'aime en goûter la saveur errante. Et puis... Je voulais connaître le visage de celle qui était parvenue à éveiller la nuit. "
Je rougis. Je sais que mes rêves poussent les êtres et les choses à la lumière, mais je ne m'en étais pas rendue compte, perdue en moi-même en vibrant avec le Lac.
Brusquement, le Dragon arque son cou dans ma direction et approche sa tête de la mienne. Une chaleur tendre émane de ses narines pour peu encore fumante, et sans crainte, je pose une main sur sa joue.
" Les Dragons comme toi acceptent-ils de recevoir des requêtes de simples humains comme moi ? "
" Simple humaine, tu te trompes lourdement. Mais oui, les humains ont ce droit. "
" Dragon, m'emmènerais-tu ? "
" Où donc, Enfant ? "
" Là où tous les mondes fusionnent. "
" Tu parles du Bal d'étoiles ? "
" Sans doute, je ne connais pas comment cela est nommé dans cet endroit. "
" Ce lieu mène à tous les possibles, tout se nomme selon ta volonté. Toi, rêveuse, tu devrais le savoir. "
" Peut-être moi aussi, ai-je oublié... "
J'ai l'impression de déceler une vague de compassion dans le regard du Dragon.
" Promise au changement, il n'a pas été permit à votre race de posséder une trop grande mémoire, cela vous aurait ralenti dans vos progressions. Cependant, si tu es ici, c'est que tu as été capable de te souvenir de l'Origine. Ton âme, malgré tous ses voyages, n'a pas perdu le chemin qui la conduirait à la source de toutes choses. Ainsi, en te menant au Bal d'Etoiles, je ne fais que te ramener à ton existence première. "
" Tu acceptes, alors ? "
" Bien sûr, Enfant. C'est moi, qui me sent honoré, d'avoir été choisi ce soir, pour cela. "
Je ne peux m'empêcher de sourire. Et, d'un seul mouvement, me colle à lui, tentant maladroitement de tenir entre mes bras la circonférence de sa gueule. Tandis que je dégage avec précaution, j'entends de douces vibrations s'élever, comme un doux grognement. Le Dragon rit.
" Ta reconnaissance est mienne. J'offrirais avec plaisir mes ailes aux filets de tes rêves. "
" Alors, n'attendons plus. "
" Oui, approche, Enfant. "
D'un souffle, il a ouvert ses ailes en coupole tournée vers le firmament, s'est redressé en un magnifique élan de vie. Je retiens ma respiration quelques instants, cherchant à cueillir ce moment que personne ne pourra m'arracher.
Ses yeux étincellent, pris dans ce tourbillon cyan, m'entraînant à lui.
Docile, je grimpe, étrangement, avec facilité sur ses épaules. Une fois assise, la sensation se fait plus précise. Après mon esprit, le Dragon transmet à mon corps sa douce chaleur rassurante, et a finit par faire de moi une extention de lui-même. Je vais voler avec lui.
En lui.
Impérial, le Dragon étend ses ailes des deux côtés, relève la tête vers les étoiles, contracte ses muscles, fait le dos rond comme un tigre prêt à bondir.
Je ferme les yeux. J'inspire avec délice et me plonge à nouveau dans le chant du Lac.
Je sens toute la force qui s'élève sous moi, toute la puissance contenue dans cette peau d'écailles noires, et la vérité qui se trace dans l'univers.
Une seconde s'étire en un millième de battements de coeur.
Et soudain, la vie se fait Air.
Qui fouette mon visage, secoue toute ma chevelure, encercle mon âme.
La mélodie du Lac se fond dans celle de l'Univers.
Je suis âme étoilée.
Et le Dragon file à travers les nuages, le vent lui-même, dépasse les planètes, et s'enfonce au plus profond de la nuit.
Les mondes s'ouvrent à nous.
Air qui flamboie.
Feu qui respire.
Eau qui fredonne.
Terre qui appelle.

A exhalter la vision qui s'éveille à elle.
Une seule et même étoile vient de naître.

dimanche 20 novembre 2011

- Prose Amoureuse -




Soif intarrissable de ta présence,
Manque constant de ton regard,
Attente interminable d'un signe de ta part,
Baser mon estime sur ce que tu penses.

Les coeurs s'allient dans une course folle,
Celle du bonheur de se construire ensemble,
Unissant deux êtres qui ne tremblent,
Que face à ce qui pourrait balayer l'autre de ce beau vol.

Ainsi privé de sa moitié de vie,
Les pensées se tasseraient dans un esprit abattu,
Désemparé de s'être, avec l'autre, perdu,
Ne recouvrant plus en rien une once d'envie.

Comment se résoudre à l'évidence ?
Sans toi, le monde se retrouve dénué de toutes couleurs,
Même le temps tourne sans heure,
Nous demeurons le centre unique de cette danse.

Je suis vouée à exister en nous désormais,
Je n'ai qu'un port d'attache, qu'une bonne étoile,
Car c'est par toi que la vérité se dévoile,
Ce qui a été bâtit de nos mains ne s'effacera jamais.

Trop d'absolu aux papilles de gens frileux,
Mais je décide de faire, dans le vide, ce pas,
Laissant le néant devenir l'infini de tes bras,
Afin que tu goûtes à mon océan d'amour que je puise des cieux.

Alors, impatience de faire saisir l'impalpable !
Ce feu ardent qui flamboie dans la nuit,
Pour l'éternité, tu sauras que mon univers sera ton lit,
Permets-moi de verser ici l'inoubliable.

Quand m'arrêterais-je ?
Je ne sais, pourquoi tarir une source qui jaillit au ciel,
Chanter sa force de vivre et de cultiver ses merveilles,
Et fortifier mon être qui deviendra ton florilège ?

Rappelez-vous donc, chers auditeurs,
Que je suis la fille, la rêveuse, la lionne
Dont personne ne peut prendre sa fierté qui claironne,
Devant vous j'élève mes sentiments vainqueurs.

La vie ne suit plus son cours dans mes veines,
Si tu ne te penches pas sur moi ; mais d'un sourire,
Me tendre cette impulsion d'âme que je me vois offrir,
Par le plus bel espoir réalisé de mon coeur, puisque tu m'aimes.

jeudi 17 novembre 2011

- Une confidence, une reconnaissance, une délivrance...-


Souffle.
Inspiration.
Yeux clos.
Expiration.
Paix.

Lentement les notes glissent sur moi telles des ondes colorées, je goûte à la mélodie en distinguant toutes ses saveurs, le rythme s'imprime avec assurance, et comme une amie consoleuse, la musique prend place en moi.
Combien de nuits, combien de larmes, combien de soupirs et d'appels à l'aide que ma bouche a voulu étouffer.
Mais elle, parle pour moi.
Quelle chose simple et folle à la fois !
Les mots ne sont plus mes pensées, ils se font le reflet de mon coeur à l'écoute.
Suivre la vague, se laisser guider, afin que l'eau musicale coule pareille à un torrent purificateur, que je me délivre de moi-même, de ses peurs et de ses doutes.
Volonté...
Je la cherche, je la devine, je la perds, je la reprends !
Un yoyo de courage qui monte et redescends sans cesse, tandis que la durée du jour s'amoindrit, tandis que les esprits, fatigués par les premières morsures de l'hiver, s'irritent pour un rien, créant par là des noeuds bien plus durs.
Espoir...
Je me demande toujours où la trouver, cette petite chose si fragile et pourtant si essentielle !
Suis-je habilitée à le forger par moi-même ?
Partir en quête de quelque chose qui finalement, est en nous.
Vous êtes mon espoir. Ainsi, à jamais, vous détiendrez ma reconnaissance.
Pas de vie sans les autres, pas de réalité, pas de rêves, pas d'avancée.
Cependant, lorsque tout s'entremêle, que l'on ne sait plus voir le vrai du faux, que notre vision se brouille, que le coeur cogne à une cadence endiablée, que la respiration se fait difficile, que le sommeil se cache, tout bascule...
Et je suis à nouveau un esprit à la dérive.
Qui suis-je pour vous donner des leçons ? Qui suis-je pour vous dire d'arrêter de regarder en arrière, d'avoir peur de votre ombre lorsque la nuit vous encercle ?
Je partage vos peines, je partage vos questionnements, aussi vos joies !
Je partage et je n'en essaye pas moins d'être votre soeur.
Soeur de sang, humaine je demeure, soeur d'esprit, car brillent vos âmes animales près de la mienne, soeur de coeur, car je m'évertue à essayer de veiller sur vous.
Soeur, amie, c'est déjà beaucoup pour quelqu'un qui ne savait pas vivre, vraiment.
Mais j'attendais plus...
Des Anciens d'Amérique inscrivèrent un jour sur une Déclaration que tout homme a pour droit inaliénable la recherche du bonheur...
Ce droit, l'ai-je ?
Qui offre cela ?
La réponse nous apparaît souvent au moment où l'on s'y attendait le moins, comme un fruit tombé d'un arbre que l'on ne soupçonnait pas.
Un bonheur se construit, se savoure, s'entretient, s'anime.
Mon bonheur, c'est de vous avoir...
Quelle que soit l'heure, la météo ou la distance, vos pensées affluent vers moi et m'entourent.
Me protègent.
Que chacun d'entre vous prenne conscience de ce pouvoir disposé entre vos mains.
Sourires, mots, gestes...
Présence.
Oui, mon bonheur, c'est de vous avoir.
Et aujourd'hui, je dois apprendre à être pleinement heureuse.
M'accrocher au vrai, m'accrocher au présent.
Apprendre le bonheur n'est pas aisé pour qui s'est vu perdre par le passé, cependant...
Confiance.
Faisons-nous confiance.
Le coeur n'oublie pas même s'il pardonne, le coeur est un âne, le mien surtout, mais je ne regrette pas de donner à cet instant, c'est un âne attendrissant, qui porte ses charges dans les chemins de la montagne de la vie, prêt à visiter de nouvelles niches auréolées de lumière.
Voici une petite vie qu'est la mienne. Elle ne mérite pas d'être écrite, juste de continuer.
Une petite vie que vous avez rempli de choses merveilleuses.
Et tous ces dons que vous m'avez apporté, désormais, je peux y croire.
On parle de rencontres cruciales, de carrefours du destin...
Je ne saurais juger de l'existence ou non du hasard, mais vous êtes là et c'est tout ce qui compte.
Je dis 'vous' car lorsque j'essaie de compter, mes yeux se mouillent...
Je sais que si je connais mieux la carte de la France et de quelques autres pays, c'est parce qu'il me fallait savoir où vous vous trouvez...
Mythomane, c'est ainsi que certains voudraient m'appeler.
Je bénis alors mon imagination d'avoir su recréer des êtres aussi extraordinaires !
Pourquoi écrire, alors ?
Il faut écrire.
Il faut ancrer l'amour dans l'encre, taper aux portes des sourds, arroser les insensibles, soulever les affaiblis, il faut de la lumière dans ce monde !
Qui de nous l'a été le premier, peu importe.
Vous êtes lumière.
Je n'oublierai pas.
Je n'oublierai pas !



dimanche 6 novembre 2011

- Et passe le vent sous le regard de la lune... -





Et passe le vent sous le regard de la lune,
Soupire d'argent entre les nuages,
Princesse nocturne qui suit cette forme diurne,
Forgé d'un coeur de tous les âges.

Ronde perle de nacre retient sa respiration,
Se retournera-t-il pour lui faire un signe ?
Quelle existence mener sans son attention ?
La silhouette soudain lui offre un sourire digne.

Les yeux de son amant luisent dans la nuit,
Flammes de l'azur du ciel ou des mers,
Font retentir un appel qui résonne tel un cri,
En une onde d'amour qui traverse toute la terre.

La lumière blanche s'intensifie d'impatience,
Bientôt l'éternel gardien des airs la rejoindra,
Danser dans les effluves douces de son essence,
Et leurs âmes se mêleront en un chant d'émoi.

Ailes déployées vers le firmament,
Le regard fixé sur l'objet de tous ses trésors,
Le corps d'écailles recouvre ce coeur palpitant,
De ce besoin d'élever son aimée au trône d'or.

Les étoiles intriguées s'avancent,
Lune d'une robe de cristal est revêtue,
Dragon vole plus vite que l'on ne le pense,
Il arrive, même le temps s'est tut.

Et le passe le vent sous le regard de la lune,
C'est son amant, le dragon, qui vient l'embrasser,
Se marier à elle un instant qui ne durera qu'une
Eternité.


samedi 22 octobre 2011

- Longue Pensée Prosée -

Poussez le passé...
Foutez-vous du futur...
Préférez le présent !

Qui se targue d'un esprit en éveil ?
C'est ce conseil vermeil,
Qui se glisse dans ton oreille...

Qu'en pense le monde, de toi ?
Te fait-il ou te fais-tu toi-même ?
Rien n'est noir ou blanc...

La vérité est une funambule !

Elle trace sa voie entre tellement de choses, d'êtres...
Ce sont nos yeux qui s'entrecroisent en elle.
Et créer souvent des noeuds de coeur.

Qui suis-je ?
Cette quête, cette course, cette torture...
Nul n'est le même à cet instant qu'au précédent ?

Oh oui j'avance...
Comme l'on foule la fraîcheur d'une nouvelle plaine à admirer.
Patte à patte et pas à pas.

Tant de pensées qui me bouleversent,
Me prêtant des airs de papier brouillon,
Pour trouver un sens dans l'encre brûlante.

En effet, le noir des mots s'incruste dans la pierre,
Ronge le temps en répétant sans cesse :
Je ferais résonner les âmes d'une symphonie éternelle !

J'ai cherché, cherché, une Voie à suivre...
Au bout du chemin, je n'ai rencontré que mon coeur,
Qui, entre blessures et espoirs, me lançait un appel étourdissant.

J'ai vu des réalités se briser à mes pieds,
Celles que j'avais fabriquées pour respirer,
Soudain, ma prose s'est mise à danser pour survivre.

Tournoient alors les notes multicolores autour de moi,
Et construisent pour moi un pont musical,
Entre ce coeur vibrant et mes rêves adolescents.

Quoi de plus beau que le combat ?
Combattre le monde pour se libérer de soi,
Car je suis mon pire ennemi.

Je voudrais ne plus couper le fil de ce monologue,
Laisser couler tous les flots de mon impétuosité,
C'est en secret que se livre une vie.

Je pourrais parler de tous ces gens liés à moi,
De ceux qui permettent que nos mains s'oublient,
Mais aussi de vous, que je couve de mes yeux attendris.

Ah, oui, trop de mots pour un soir !
Pourtant, je poursuis ces pensées,
Papillons étoilés dans la nuit, qui m'échappent.

Qui donc cela intéresserait-il, cette longue tirade ?
Oh, pas toi, ni toi, ni eux.
Juste des curieux.

Frivole envie, de jouer avec ton esprit,
Lui souffler ce qui pourrait l'amadouer,
Tous ses masques de songe, si futiles.

Futiles ? Ainsi va mon envie !
Je n'ai pas peur des miroirs que représentent vos regards,
C'est mon reflet qui prend corps en vous.

Pourquoi s'acharner à parler, me reprocheras-tu ?
Oh si tu savais comme le silence importune,
Tous les hommes qui ne savent pas transmettre leur être.

Mais ce silence, cet écueil de repos,
N'est-il pas aussi la coupe des relations accomplies ?
Observer et écouter l'autre, sans émettre un son.

Drôle de rêve qui me chatouille les doigts.
Il veut vivre, vois-tu, au creux de tes paupières,
A travers tous les Arts de l'univers.

Bruts mots, souples métaphores,
Qui défilent, se déroulent,
M'honorent ou me confondent.

Le sommeil étend ses filets sur moi,
Comme un marin déterminé à ramener à lui,
Tous les trésors d'un océan mystérieux.

Sonde ton âme,
Et dis-toi que tu es une étoile filante.
N'ayant d'autre choix que de filer dans la nuit !

Alors, une ultime pensée,
Pour tous ces curieux,
Pour tous ces gens qui me font une place en eux.

Je radote telle la grande mère,
Mais...
Vivez !

Poussez le passé,
Foutez-vous du futur,
Préférez le présent.

Et quelques mots trouveront leur réalité en vous...
Doutes, peurs, troubles, tous ces pluriels,
Qui tentent d'endiguer le singulier qui fait tourner le monde :

Amour,
Joie,
Espoir.

Amicalement votre conscience d'un soir,
J'énonce désormais mon silence,
Et que votre repos soit doux.

samedi 15 octobre 2011

- Lettre Secrète de la Princesse au Dragon -




Mon cher Dragon,
Voici fort longtemps que je n'ai pas eu de tes nouvelles ! Tu es sans doute beaucoup occupé... J'espère seulement qu'il ne t'est rien arrivé de mal ! Tout Dragon que tu es, il doit bien il y avoir quelques dangers pour toi dans les environs... Non ?
Je t'écris aujourd'hui parce que... Je ne sais pas... Enfin...
Je crois que je me sens mieux. Je me suis levée ce matin de mon lit, aie admiré les alentours de ma fenêtre, et le Royaume qui s'étendait devant moi m'est apparu comme une merveille... à visiter.
J'aimerais pouvoir dire que j'ai réussi à faire le pas face à la porte de ma Tour mais...
Ne sois pas déçu, cher Dragon. Les humains sont capables d'entraîner des changements cependant ils sont terriblement lents !
Tout de même, me voilà à t'écrire le sourire aux lèvres...
Il faut que je t'avoue quelque chose.
Ne m'en veux pas, s'il te plait, gentil Dragon ! Depuis ton absence, il m'arrive de partager tes rêves. Ils sont superbes, même si certains sont parfois tristes : j'ai vu ta peine pour moi et après un sentiment de honte, j'ai su recevoir tes émotions avec une humilité et une sensibilité toutes nouvelles.
Je ne pensais pas que mon cas te touchait à ce point, c'est aussi pourquoi je ne comprends pas le silence de ta part. Peut-être me suis-je trompée ?
En tout cas,  je tiens à ce que tu saches qu'aujourd'hui, j'ai la volonté d'avancer et d'un jour sortir de cette Tour ! Aller toucher l'herbe, danser dans l'air, cueillir des fleurs moi-même !
Je transmets cette missive de nouveau à Vif-d'Or. Pardonne moi, je n'ai pas oublié que vos deux races ne s'entendent pas bien, pourtant il est le seul à pouvoir couvrir assez de distance pour essayer de te trouver, j'espère de tout coeur qu'il y parviendra !
Ah, au fait, autre chose.
Le Prince Charmant est revenu...
Tout paré de bijoux et de robes à m'offrir pour s'excuser de ne pas m'avoir donné de nouvelles tout ce temps.
De le voir en vrai, ça m'a fait rire.
Oui, rire.
Certes, il est beau, la voix grave et le regard suave, mais, quelle banalité ! J'ai vu tant de princes passer devant moi que celui-ci, même s'il pourrait satisfaire quelques une de mes requêtes, fait bien pâle figure face à...
Euh. Excuse-moi.
Enfin, pour résumer, il ne me plait plus du tout. Des cours de langue avec lui me dégoûteraient, il ne fait que se lamenter, se regarde dans un miroir dès qu'il en a l'occasion, et sa douceur ne semble qu'être un simple moyen quant à trouver son intérêt dans une relation.
Peut-être que si je ne t'avais pas connu, mon cher Dragon, m'en serai-je contentée, or, je ne le peux pas. Je ne le peux plus.
Tout ceci fait que... que tu me manques.
Je sais que tu ne dois pas trop tenir à moi, je ne fais pas partie de tes priorités, mais je voudrais que tu saches que, malgré moi et finalement, le peu de lettres que nous avons échangé, tu comptes beaucoup pour moi.
Lorsque l'on a été aussi seule que moi, la moindre présence vous réchauffe pour le siècle à venir.
Voilà mon Dragon, j'espère que Vif-d'Or ne te dérangera pas s'il te trouve, et que tu te portes bien...

Bisous doux,

Princesse.


P.S : Si je t'écris via mon Griffon c'est que je n'arrive plus à trouver ton adresse mentale.
P.S.S : Dis mon Dragon, on se verra vraiment un jour ?
P.S.S.S : La question peut paraître bête, mais y a-t-il dans les airs un permis à passer pour voler comme les humains pour diriger les charrues ? Une connaissance du château a été reçu à l'examen il y a peu, je me demandais si des races comme la tienne pouvait avoir réglementé le ciel.




samedi 24 septembre 2011

- Sur le Chemin -




Sur le chemin de la vie,
J'avance selon mes forces, 
Voyant les autres je les envies,
Eux qui semblent si heureux sous leurs écorces.

Sur le chemin de mon coeur,
J'erre et je tombe de mes illusions,
Sans toujours apprendre de mes erreurs,
Je ne sais qu'offrir mes bonnes intentions.

Sur le chemin de mes pensées,
Je suis celle qui voit au-delà des glaces,
De ma petite lumière voulant éclairer,
Ceux qui me donneront une place.

Sur le chemin de la vérité,
Les convictions fondent,
Et je cherche sans arrêt,
A découvrir l'équilibre du monde.

Sur mon propre chemin,
J'essaie de rester moi,
Apprenant des autres pour aller vers demain,
Je me battrais toujours pour toi.

Sur le chemin de la vie,
Sur le chemin de mon coeur,
Sur le chemin de mes pensées,
Sur le chemin de la vérité,
Juste trouver son chemin.



mardi 30 août 2011

- Entretien avec un Ange -





- Entretien avec un Ange -




Quelques mois plus tôt, au milieu de la plaine des Anges, non loin du lac des Conceptions...

***


Elle s'approcha, silhouette translucide évoquant l'enveloppe charnelle qu'elle possédait sur Terre, cependant revêtue d'une tunique blanche, les cheveux lâchés.
« Bonjour ! »
L'Ange, occupé à observer l'un de ses « œufs » lui répondit tout d'abord d'une voix monocorde :
« Bonjour, Cliente Laurine... Mais... Mais que faites-vous ici ?! »
A présent totalement sonné, il l'observait d'un œil affolé, ce qui ne parut pas décontenancer la jeune fille.
« J'ai trouvé comment venir dans le territoire au-delà de la montagne de lumière grâce à vos écrits, Ange Michael Pinson. »
« Mes écrits ? »
« Bien sûr, avez-vous oublié avoir écrit les « Thanatonautes » durant votre précédente vie de chair ? »
« Oui mais euh... Comment... »
« Ne cherchez pas trop à comprendre, je suis là, voilà tout. Je suis venue pour quelque chose de précis. »
« Vous ne devriez pas être là. Repartez ! »
« Non, pas tant que je n'aurais pas obtenu ce que je suis venue recevoir. »
« Recevoir ? »
« Parfaitement. Je sais que je suis l'une de vos clientes, Ange Michael. »
« ... »
« Ne vous inquiétez pas, je ne compte pas donner lieu à une quelconque querelle. Je viens simplement quémander quelque chose qui me tient à cœur. »
« Pourquoi ne l'avoir pas formulé en prière, comme d'habitude, alors ? »
« Parce que c'est trop important... et je voulais voir un peu comment c'est, chez vous. »
« Vous l'auriez vu lorsque votre temps serait arrivé ! »
« Oui, mais le temps est un gros capricieux, et il ne fait jamais les choses comme il faut sur Terre. Puis de toutes façons, je suis là, c'est trop tard. Vous allez écouter ma requête ? »
« Je n'ai pas le choix, je crois... »
« On peut discuter à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes ? »
L'Ange l'invita à le suivre près d'arbres aux feuillages baignés de lumières de toutes les couleurs, non loin d'un ruisseau dont le chant envoûtait le moindre cœur pris dans ses filets...
« Alors, que voulez-vous ? » demanda l'Ange d'un ton tiraillé entre la colère et la curiosité.
« Je suis venue vous demander de m'accorder l'une des plus grandes choses au monde. La plus grande, même. »
« Mais encore ? »
« L'amour. »
« Pardon ?! Pourtant, l'amour, vous en avez dans votre famille, à travers vos amis, vos points de Karma l'ont permis, pourquoi n'en profitez-vous pas ? »
« J'en profite, j'en profite, mais je parle d'un autre amour, et vous le savez fort bien. »
L'Ange déglutit. Si on lui avait dit qu'une humaine, bien vivante, parviendrait jusque-ici, et oserait se pointer pour passer « commande » directement auprès de lui, il ne l'aurait jamais cru... La jeune fille poursuivit, prise dans son élan :
« J'estime avoir assez trinqué jusque-là et que mes souffrances me donnent droit à un peu de bonheur, vous n'êtes pas d'accord ? »
« Si, si mais... Ce genre de chose ne se fait pas en un jour, vous savez ! »
« Mon œil ! Vous êtes un Ange, et vous pouvez très bien aller voir chez vos collèges s'il n'y aurait pas parmi leurs œufs quelqu'un qui me convienne. »
Se prenant au jeu, l'Ange Michael répliqua d'un air amusé :
« Et peut-on savoir quel genre d'homme vous conviendrait ? »
« Oh, c'est très simple. »
« En amour, rien n'est simple. »
« Je vous en prie, trêve de sermon, j'apprendrai bien assez vite toutes les perles de sagesse que vous voudriez m'enfoncer dans le crâne ! »
« Bien dommage, car je crois que même si je les enfonçais vraiment, vous seriez capable de les ignorer quand même ! »
« Très aimable pour un Ange Gardien, tiens ! »
Ils s'observèrent un instant, regards mêlés, avant d'éclater tous les deux de rire. L'Ange Michael dut bien lui concéder :
« Il y avait bien longtemps que je n'avais eu de conversation aussi... dynamique. Merci pour cela, mademoiselle. »
« De rien, je savais que j'avais plusieurs bonnes raisons de monter aux pays des Anges. On se penche sur ma demande maintenant ? »
« Oui. Donc, quel genre d'homme dois-je vous trouver ? »
« Je commence par les qualités ? »
« C'est une idée. Mais sachez bien qu'il aura tout de même des défauts, l'homme parfait n'existe pas, sinon, on ne le renverrait plus sur Terre ! »
« Je sais, je ne veux pas l'homme parfait, je veux un homme parfaitement fait pour moi. »
« Déjà plus facile à trouver que l'homme parfait, néanmoins cela me semble toujours très difficile, mais j'essayerai. Je vous écoute. »
« La première qualité, je dirais l'honnêteté. »
« Pourquoi ? »
« J'ai trop souffert de ceux qui ont brisé ma confiance. Il vaut mieux toujours une vérité, quoique douloureuse, que le silence mensonger. »
« Bien. Ensuite ? »
« Hum... la liste « Beau, intelligent et drôle » est un pack très cliché. Pour la beauté, ce serait plutôt celle qui se révèle au fur et à mesure. Une beauté intérieure, surtout. Intelligent, oui. Drôle, c'est le bonus que je ne refuserais pas, l'humour est souvent un reflet d'intelligence donc, on peut dire que ça va ensemble. Il faudrait peut-être ajouter des choses un peu moins « banales »... »
« Comme ? »
« Quelqu'un qui puisse s'accorder à mon univers sans s'y noyer. En fait, si on pouvait résumer, il me semble que l'homme parfaitement fait pour moi serait à la fois mon complément - donc opposé par certains points afin de m'équilibrer - et mon confident car le dialogue est la base de tout : j'ai besoin de pouvoir me livrer entièrement, et aussi... »
« La liste commence à être longue, doucement ! »
« Pas grave, je suis certaine qu'il existe. On est fait pour vivre à deux, non ? »
« C'est une des perles de sagesse que vous avez refusé de voir enfoncée dans votre crâne, je ne peux pas répondre, désolé. » répondit l'Ange d'un air aussi compatissant qu'ironique. 
« Ça m'aide beaucoup, mais je vais prendre ça pour un oui. Bref. Je continue avec les qualités. Il lui faudrait aussi une bonne dose de courage, et en plus, de la patience. Énormément de patience ! Je peux facilement faire tourner en bourrique, malgré moi parfois. »
« Hum... Je pense que ça suffira, il me semble avoir assez d'indications pour vous trouver celui que vous cherchez. »
« Alors il existe, n'est-ce pas ? »
« Vous accepteriez que je vous enfonce cette fameuse perle de sagesse finalement ? »
« Allez-y, je n'ai pas d'enveloppe de chair, je ne risque rien ! »
« Oh, c'est ce que vous croyez. »
L'Ange s'approcha soudainement d'elle, passa une main immatérielle sur son front et ferma les yeux. Le contact se fit à travers un fil multicolore qui s'éveilla entre leurs deux esprits.
Ainsi, la voix de Michael Pinson se mit à résonner en Laurine :

« Deux âmes pour une vie,
Deux corps pour une même harmonie.
Deux êtres qui, au bout du chemin,
Ne font plus qu'un.
Ce que les étoiles ont lié,
Nul ne peut l'oublier.
Que l'Homme sache cette chose vraie depuis toujours,
Il est né pour l'Amour. »

Les mots se diluèrent en elle, forts de la vérité qu'ils incarnaient, et tout aussi doux que le message qu'ils apportaient.
Un même sourire éclairait leurs visages lorsque la main de l'Ange se détacha de la jeune fille.
« Merci. »
La voix de Laurine s'éleva avec émotion, les yeux embués de larmes qui ne pouvaient pas prendre corps.
« Tout le plaisir fut pour moi. Mais, à présent que vous retournez sur Terre, j'aurais une dernière question. »
« Bien sûr, je vous écoute. »
« Comment êtes-vous parvenue jusqu'au pays des Anges ? »
Un éclat malicieux et gêné en même temps s'alluma dans le regard de la jeune fille.
« Nous savons tous les deux que même de mon « vivant » je n'ai jamais pu arriver au pays des Anges sans... mourir, justement. Comment avez-vous alors fait ? »
« L'Ange Gabriel n'a pas été facile à convaincre, je vous l'accorde. »
« Parce qu'il a finit par vous laisser passer sans... sans faire la pesée des âmes ?! »
« Oui. »
« Mais... Mais... Comment... ! »
« Il a suffit que je lui prouve que j'avais une bonne raison de passer. »
« Quelle raison peut-elle être à la hauteur d'une telle demande ? »
« Et puis... Il m'a quand même jaugée, d'une certaine façon. »
« Je ne comprends rien, expliquez-vous plus clairement ! »
« Quand je suis arrivée devant lui, j'ai exprimé mon désir de venir vous demander de me trouver mon... mon compagnon. Les autres Anges ont éclaté de rire, pas lui. Il a fait quelques pas en avant et une fois face à moi, il m'a regardée intensément. Et il a sourit. Lorsqu'il a annoncé que je pouvais passer, juste le temps de vous rencontrer, les autres sont restés complètement sidérés. Enfin, j'ai passé la montagne de lumière en entendant sa voix en moi :

« L'Amour est Lumière.
L'Amour est Vie.
L'Amour est la clef de l'Univers.
L'Amour, à jamais, sera le seul sauf-conduit valable à travers les âges.
Car, même avant de le connaître,
Tu l'aimes déjà. »

« Ainsi, s'il vous a laissée passer, c'est que... »
« J'aime déjà celui que vous allez trouver pour moi. »
« Parce que quelque part... »
« Je l'attends, et il est déjà en moi. »
Il y eut un silence respectueux, lorsque Laurine se décida à faire demi-tour.
« Merci pour tout, cela m'a fait plaisir de vous rencontrer. »
« Je vous avoue que je ne suis pas prêt de l'oublier. Même si je suis bien votre Ange Gardien et que je vous suis depuis le début, jamais je n'aurais cru possible une telle chose. »
« Bien contente de vous avoir surpris, alors ! »
Ils se sourirent une dernière fois, et la jeune fille s'en alla, pour passer à nouveau à travers le rideau de lumière éblouissant.
Une fois seul, l'Ange Michael soupira.
Il posa les yeux sur la liste qu'il avait inscrite directement dans son esprit, cela le fit rire.
La vie sur Terre lui manquait parfois, mais Laurine lui avait permit de retrouver goût à certaines choses.
Déterminé à satisfaire sa cliente, il partit de son côté à la recherche de celui qu'elle attendait.

***

Quelques mois plus tard...

« Vous êtes bien sur le répondeur de l'Ange Michael Pinson, laissez un message après la cloche céleste, je vous rappellerai dès que possible. »
« Salut Ange Michael, c'est Laurine ! C'était pour vous remercier. Oui, je sais, je suis encore en train de faire quelque chose de pas... légal ? Mais tant pis, je me sers d'un de mes rêves pour vous transmettre toute ma reconnaissance. Il est là, ça y est, je l'ai rencontré. Je ne l'avais pas imaginé ainsi mais, je ne peux que reconnaître le fait qu'il est absolument comme je l'avais demandé. Vous avez fait du bon boulot, bravo ! Je pense que la suite n'appartiens qu'à nous mais, je sais que de là-haut, vous nous observez, alors vous devez être déjà au courant... Oh et puis zut ! Je voulais le faire donc je le fais : merci !!! Voilà... Passez euh... une bonne existence angélique ? Et s'il vous plait, une dernière chose... Aidez-nous à faire en sorte que ça dure, d'accord ? Allez, je vous laisse, je vais bientôt me réveiller pour le rejoindre ! Encore merci ! Bisous Terriens ! »

Fin du message spirituo-vocal.

***

Début d'une autre histoire...



- Bataille -











Je m'écrase au sol.
Le mouvement de mon corps est assourdissant, quelques côtes se fendent sous l'impact.
Je n'ai pas le temps de reprendre ma respiration, mon crâne est d'un coup ferme maintenu contre la morsure sèche de la terre, par le pied d'un lourd guerrier.
Il semble déverser tout son poids sur ma trempe comme s'il cherchait à briser ma tête.
J'inspire avec difficulté, gesticule sans succès, mes forces m'ont abandonnée, définitivement.
"Cesse donc de vouloir m'échapper, m'intima une voix au-dessus de moi. Il est temps pour toi de prendre conscience de ton échec, et pire encore, de ta solitude."
Seule. Seule. Seule...
Perdue. Perdue. Perdue...
J'hurle.
J'hurle à la mort.
J'hurle à la mort, ma vie.
Toujours bien en moi.
Ma rage. De vaincre. D'avancer. D'espérer le meilleur.
Je me débats encore une fois avec mon propre corps, en vain. Il ne répond plus, je suis un esprit prisonnier de sa chair.
Des larmes coulent sur les grains de terre ambrée, tandis que le ciel demeure muet.
Et toi là-haut, tu m'entends ?
Je ne suis pas morte.
Non, pas encore.
J'ai tellement à donner...
L'emprise du pied sur mon cerveau se fait plus forte. J'ai mal.
Soudain, le guerrier m'empoigne, me soulève et m'oblige à m'agenouiller, les bras pliés dans le dos, les yeux tournés droits devant moi.
La plaine de terre battue créer l'illusion d'étirer l'horizon à l'infini, pourtant, l'infini s'arrête au pied d'une falaise aussi haute que large, pour donner à l'infini une autre direction, vers les cieux.
Une cuvette.
Je suis enfermée.
Corps et âme.
Brusquement, je me rends compte de tous ces regards pesant sur moi. Derrière le guerrier s'élève une armée que nul ne peut défaire. Et moi, seule au milieu de la multitude, je m'écrase. Mentalement, cette fois.
Aucune issue n'est envisageable.
Respirer est souffrance.
Penser est souffrance.
Vivre est souffrance.
Ma bouche se déforme sur une grimace de douleur et de désespoir.
Je sens leurs yeux ancrés sur moi, me dévorant en silence, prêts à rire, prêts à m'humilier d'une manière encore plus malsaine, de me mettre plus bas que terre.
Je veux fuir. Nier ma propre existence pour ne pas à être présente à cet instant.
Soudain, le guerrier m'attrape par les cheveux et me hisse à sa hauteur, mes jambes flageolantes ne me tiennent pas debout.
Je n'arrive pas à crier. Plus de voix. Plus de souffle. Ni de courage.
Une fois mon visage presque en l'air, je peux observer plus précisément les falaises qui se dressent devant nous. Et derrière, le ciel, l'étendue bleue et sans secours.
Mon coeur appelle à l'aide.
Me voici esclave.
Me voici dépouillée de moi-même.
J'ai donné aux mauvaises personnes.
J'ai mal rien que de me l'avouer.
J'ai mal d'avoir essayé de me l'avouer.
Pourtant, j'en suis là.
Esclave d'un rien, démunie de dignité, démunie d'honneur, démunie de raison d'être aimée.
Il me laisse retomber à terre, je m'étale mollement, ombre dans l'ombre.
Mon coeur bat sa dernière partition, l'horreur est là, insoutenable, qui m'encercle et me condamne.
J'abandonne.
Presque.
Je m'abandonne presque à la mort.
Lorsque quelque chose en moi me fait sursauter.
Un rugissement terrible.
Un rugissement capable d'arracher une montagne du lieu où elle se tient.
Je tremble.
J'entends un lion rugir.
En moi.
Il ne rugit pas de désespoir, lui.
Il rugit de vie.
D'espoir.
Je m'accroche, de tout mon être, à cet ultime cri.
Ouvre à nouveau les yeux.
Rien a changé autour de moi cepandant, plus rien n'est pareil.
Respirer.
Penser.
Vivre.
Tout ce qui emporte.
J'inspire doucement.
Et tout à coup, le voile du ciel se déchire.
Toute l'armée relève les yeux vers les hauteurs, tétanisée.
Ailes brassant l'air avec puissance, regard d'un feu ardant, courbes du plus grand destrier du firmament.
Dragon.
Aussi bleu que la voûte du monde, immense comme quatre chevaux alignés les uns devant les autres, des reflets d'or jouent sur ses écailles à la couleur de l'océan, ses pattes sont repliées contre son ventre, et son visage, brillant de détermination, plonge vers le sol.
Flammèches mordorées qui dansent dans sa gueule, pendant qu'il trace sa voie au milieu de la plaine, avant de se poser sur la falaise.
Si loin et si proche de moi à la fois.
Il me regarde.
Le lion rugit à nouveau en moi, je sursaute encore, comme si un morceau de vie reprenait possession de moi.
Il me regarde.
Lorsque soudain sa silhouette devient floue, et laisse place à un homme.
Qui me regarde. Toujours.
Il est grand, porte une barbe de quelques jours qui sublime les courbes de son visage fin et l'étincelle qui rayonne dans ses yeux noisettes, le corps droit et fier, tout revêtu d'un ensemble de cuir et d'acier.
Je le connais.
Son nom résonne contre mes tempes et mon âme.
Respirer.
Un homme sur une falaise.
Tenant une arme à la main, si dérisoire face à tous ces autres, si belle lorsqu'il la lève vers les nuages.
Un signe qu'ils semblaient avoir attendu longtemps avant d'apparaître à leur tour.
Je tremble.
Le lion rugit.
D'amour.
De joie.
Je voudrais ouvrir la bouche et rugir à mon tour, qu'ils l'entendent, qu'ils entendent le lion qui tente de se relever.
Soudain, aux côtés de l'homme, s'en approche un autre.
Ses cheveux bruns sont coiffés en une crête parsemée de plumes d'argent, ses bras sont tatoués de symboles guerriers, il est armé d'un long bâton taillé dans le bois le plus dur. Il pose alors une main amicale sur l'épaule de son compagnon, leurs regards se croisent, un sourire nait.
Coeur Bleu et Regard d'Espoir.
Ils sont là.
Ils sont là pour moi.
De suite après, avance Petit Lion. Torse nu et la taille recouverte d'un ample pantalon en lin gris, il a des lignes multicolores peintes sur les joues comme les indiens, les cheveux en bataille sur son front, et un pinceau aussi haut que lui dans la main, capable de recréer des rêves sous l'impulsion de son propriétaire.
Non de lui se tient Main de la Rivière, ses mèches blondes au vent, chevauchant un oiseau sorti directement d'un de ses dessins.
Nouveau tremblement.
Je distingue Grand Ours derrière Coeur Bleu, se massant malicieusement sa longue barbe rousse décorée de perles de bois, l'air joyeux à l'idée de pouvoir bientôt s'élancer dans une bataille de légende.
Enfant Lune, l'apprenti disparu mais non oublié, a déjà dégaîné ses sabres jumeaux, silhouette sombre et fluide parmi les autres.
Petite Aile est venue aussi. Elle me sourit. Je vois ses ancêtres se placer autour d'elle, prêts à combattre à leur tour, à jamais sous leur forme d'esprits d'Aigle.
Patte Noire est debout, en première ligne, contre toute attente, il a accepté la vérité d'être un être important dans ma vie.
Juste derrière Petit Lion et Main de la Rivière, j'aperçois Regard'Onyx, Coeur de Neige, Enfant de l'Aurore, Mathilde toute parée de tissus de toutes les couleurs... En chacune d'elles flamboie une force particulière, qui finit par former une aura de lumière autour d'elles. Il y a enore d'autres présences qui brillent avec elles, mais je ne peux pas en déterminer l'identité. Ils créent ensemble un groupe compact, indivisible.
Je distingue alors Plume de Cristal, fièrement campée sur ses jambes, accompagnée de Petit Loup qui observe leurs nouveaux compagnons de combat.
Là, à côté de Regard d'Espoir, se présente Regard de Pluie, quelques plan de bataille sous le bras, cherchant Petite Aile des yeux.
Peu à peu, l'assemblée devient un trait noir sur l'horizon, de plus en plus épais.
Ils sont là pour moi.
Ils sont là pour moi.
Rien d'autre n'arrive à m'atteindre.
Et le premier d'entre eux me regarde toujours.
Ses yeux sont devenus un brasier d'amour.
Il ne semble pas appeuré à l'idée d'affronter toute une armée pour me récupérer. Il avait peur lorsqu'il m'avait perdue, mais puisqu'il m'a désormais retrouvée, il sait ce qu'il doit faire.
Le lion rugit encore.
Je pleure.
Prisonnière, toujours. Libre tout à la fois.
Il sont là pour moi.
Je ferme les yeux.
La plaine se pare d'une pelouse verte et lisse, le ciel se dégage, l'air est épuré...
Je rêve un peu, pour eux, pour moi.
Délivrance.
L'armée adverse n'a pas dit son dernier mot. Tous les soldats claquent leurs armes contre leur bouclier, faisant s'élever un terrible battement de fer.
Appel à la mort.
Le grand guerrier s'est rangé à leur tête, moi, je gis toujours à quelques mètres d'eux.
Tout s'éclaire enfin pour moi.
J'inspire.
Pose une main, puis l'autre, sur la terre, et tire sur mes jambes.
Le lion ronronne en moi.
Il est prêt.
Au loin, mes sauveurs me voient faire et m'encourage en poussant des cris de joie. Seul Coeur Bleu ne dit rien, il attend.
Je suis presque debout, ma tête tourne dangereusement, mais je continue de respirer calmement, et je finis par retrouver un certain équilibre.
Je me retourne.
Je découvre à nouveau tous mes cauchemars. Toutes mes hontes, mes blessures, mes deuils, mes abandons.
Tous là sous les traits de ceux qui m'ont un jour anéantie.
Le grand guerrier.
Je reconnais son visage à présent.
Yeux en amande, peau à la couleur caramel...
Il ose me sourire.
Il ose me sourire !
J'ouvre la bouche.
Inspiration.
Libération.
Rugissement.
Il n'est plus intérieur, il est réel.
Je rugis.
Moi, un corps décharné, une âme blessée.
Je rugis.
Touujours plus fort.
Son sourire se transforme en grimace.
Et tandis que mon cri s'élève au milieu de la plaine, j'entends derrière moi ceux des autres. Aboiements, henissements, hurlements, cris d'aigles, rugissements...
Je me redresse, le coeur battant, prête à donner tout ce que j'ai.
Et tout ce que j'ai, c'est eux.
La plaine tremble. Ils s'élancent.
Je me tiens debout et derrière moi, ils volent, galopent, courent.
Silhouette entourée.
Silhouette aimée.
Silhouette protégée.
Silhouette...
Crinière blanche illuminée par l'astre du jour, courbes félines et s'assombrissant jusqu'au bout de mes pattes, noires.
Noires, sauf une.
Ma patte droite.
Ma patte blanche.
Regard d'or. Regard de lion.
Ils sont tous sur le point de me rejoindre, l'armée d'en face, elle, est clouée au sol de terreur.
Je rugis encore une fois.
Pleinement moi-même.
Soudain, un Dragon bleu atterit à mes côtés.
Nos yeux se noient l'un dans l'autre.
Echange parfait.
Un sourire.
Un aveu.
Et lorsque nous nous concentrons sur l'instant présent, une seule pensée cernie d'une volonté incroyable nous anime.
" En avant ! "